LA DETTE PUBLIQUE EST - ELLE UTILE ?

Emmanuel LANOS, Gérant KARAKORAM gestion d'actifs

21/11/2013 - Publié par KARAKORAM dans Marché Allocations d'actifs

LA DETTE PUBLIQUE EST - ELLE UTILE ?

La dette fait tellement partie du paysage que les investisseurs ne s’interrogent même plus sur sa raison d’être. La question mérite quand même d’être posée dans une période où la plupart des économies européennes souffrent d’un endettement excessif et où la première puissance économique mondiale, les États-Unis, s’apprête une nouvelle fois à relever le montant maximal de dette autorisée. La France, quant à elle, n’a pas réussi à produire un budget équilibré depuis plus de 30 ans. En d’autres termes, les dépenses de l’État français ont dépassé les recettes chaque année, depuis trente ans, son endettement a constamment augmenté. Pourtant, aucune banque raisonnable ne prêterait à une entreprise ou un particulier incapable de dégager un bénéfice pendant une si longue période. Comment est-il alors possible qu’un état puisse emprunter alors qu’il ne dégage jamais aucun surplus?

 

Prenons d’abord la question de l’utilité de la dette.Sur le site du gouvernement français nous pouvons trouver une explication à la question «Y a-t-il une bonne dette?». La réponse du gouvernement à cette interrogation est forcément positive: «Oui, si elle crée de l’activité». L’exemple pris est celui de la construction d’une université. L’endettement contracté va servir à construire l’université, puis à fournir de l’enseignement aux étudiants. La dette est ainsi justifiée par l’activité économique et les emplois qui sont créés grâce à cet investissement. Cette activité économique va ensuite être soumise à l’impôt, ce qui augmentera les recettes de l’État, et permettra donc de rembourser la dette.

 

Un cercle vertueux serait donc mis en place. Assez séduisant en première approche ! Pourtant, la dette a constamment augmenté sans que la capacité de la France à la rembourser ne s’améliore. Si bien que le deuxième poste de dépense de l’État est celui de la charge des intérêts. Ce poste représenterait 18.8% des dépenses de l’État en 2013 (le premier étant l’enseignement avec 21,4%, le troisième la défense nationale avec 12.7% des dépenses). Où sont donc passées les recettes supplémentaires nées de l’activité économique générée par les dépenses de l’État? A fin 2012, la dette totale des administrations publiques s’élevait à 1834 milliards d’Euros.

 

En 2011, les recettes de l’État étaient de 267milliards d’Euros   ; la dette représente donc presque 7 années de revenus...Incroyable ! Aucune entreprise ne s’endette à hauteur de 7 fois son chiffre d’affaires.

 

Revenons maintenant à la question de l’utilité de la dette et de la «bonne dette».

 

La réalité semble malheureusement différente de celle décrite par le site du gouvernement. Les investissements n’ont tout simplement pas généré la croissance supplémentaire des recettes. Pour une banque, une bonne dette est une dette qui va permettre à une entreprise d’investir dans un projet qui générera des cash flows suffisants pour payer les intérêts et rembourser le capital.

 

Dans le cas de l’exemple utilisé dans sa plaquette éducative, nous pouvons nous demander quel est le montant des cash flows générés par l’université? Il est certainement proche de zéro.

 

De la phase de construction jusqu’à son exploitation, l’université emploiera du personnel, mais ce n’est en aucun cas une source de revenus qui permettra de rembourser les investissements. Il ne s’agit que d’un transfert.

 

Ces contribuables vers l’État. Aucun vrai «cash flow» supplémentaire n’aura été engendré et une banque ne qualifierait certainement pas cette dette de «bonne dette». Par contre, l’optimiste dira que l’enseignement augmente la qualification moyenne des étudiants, ce qui permettra aux entreprises de trouver des ressources indispensables à leur croissance et à leurs investissements. Une entreprise sera toujours intéressée pour trouver de la ressource humaine qualifiée dont elle n’a pas dû supporter seule le coût. Une économie développée ne peut se passer d’investissement dans la connaissance, condition nécessaire à la croissance future.

 

Si comme le prétend la brochure du Gouvernement, la dette est bénéfique parce que c’est un investissement, et en particulier un investissement dans l’éducation, nous devrions constater un effet bénéfique sur le chômage. Or, là aussi le constat est loin d’être évident. Au cours des 30 dernières années, le ratio dette/PIB n’a cessé d’augmenter. Dans le même temps, le taux de chômage est passé de 3.4% en 1978 à 9.2% en 2012.

 

La dette publique ne peut être bonne que si elle accroît suffisamment la croissance potentielle de l’économie, et que ce potentiel est atteint. Mais le constat pour la France comme pour les États-Unis est identique. La dette n’a cessé d’augmenter, et la croissance aujourd’hui est plus faible que par le passé. Le poids de la dette empêche désormais l’économie d’avancer à son potentiel

 

La deuxième question est celle de l’existence même de la dette publique.

 

Comment est-il en effet possible que des agents économiques «rationnels» prêtent à d’autres agents qui se sont montrés incapables de générer ne serait-ce qu’une fois un budget excédentaire? La réponse est simple. La question du remboursement de la dette ne se pose pas. A l’époque où la dette n’avait pas atteint de tels sommets, l’argument était de dire qu’il suffisait à l’État d’augmenter les impôts pour rembourser sa dette. Aujourd’hui, c’est devenu impossible  ; le taux de prélèvements obligatoires est tel qu’il est désormais très compliqué pour un gouvernement d’augmenter encore les impôts.

 

Alors, si la question du remboursement de la dette ne se pose pas, c’est peut-être que ceux qui prêtent ne sont pas concernés par son remboursement. C’est certainement le cas pour les banques et les compagnies d’assurance domestiques. Une compagnie d’assurance américaine ne peut pas faire comme hypothèse le non-remboursement de la dette du Trésor américain. De plus, les normes prudentielles considèrent les obligations d’État comme sans risque. En fait, la question du remboursement ne concerne que les prêteurs étrangers. Plus le montant de dette émise et détenue par les étrangers est important, plus le créancier pourrait être en risque. Il est donc dans l’intérêt du créancier de continuer à fournir du crédit tant qu’il est dans la capacité de le faire.

 

Ce qui a changé depuis la crise de 2008, ce sont les achats massifs de dette publique par les banques centrales (FED, BoE et BoJ). La monnaie nécessaire à l’achat de dette publique a été créée par des mesures non conventionnelles. De cette manière, le risque de ne pas être remboursé semble s’éloigner. Mais le système est pervers et les banques centrales n’ont probablement pas assez analysé les difficultés de sortie d’un tel système, que ce soit pour les emprunteurs comme pour les prêteurs. La réaction des pays émergents au «tapering» des États-Unis est symptomatique du piège dans lequel la finance est entrée. Lorsque lesÉtats-Unis ont démarré leurs programmes d’assouplissement monétaire quantitatif, les pays émergents ont crié au scandale parce que les États-Unis privilégiaient leurs intérêts en dépréciant leur devise au détriment des pays émergents. Lorsque la FED a ensuite parlé de réduire cette politique monétaire, les pays émergents ont crié à nouveau au scandale parce que l’arrêt de cette politique allait casser la croissance et déprécier trop rapidement leur devise. Le «tapering» est un enjeu pour tous les pays et il est sûrement trop tard pour se rendre compte aujourd’hui qu’on ne doit pas prêter à un état en déficit chronique. En attendant de trouver une issue (davantage de croissance), les banques centrales sont donc obligées de maintenir leur soutien, ce qui favorise, par effet « domino » les actifs risqués.

 

 

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