La crise ? Quelle crise ?

25/10/2012 - Publié par LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE dans Marché Actions

La crise ? Quelle crise ?

La dégelée de mardi sur les marchés appelle deux remarques de notre part. La première revêt la forme d’un constat : l’indice parisien est confiné depuis quelques mois dans un tunnel (3350-3550 points) dont il ne parvient pas à s’extraire ; la deuxième tient lieu de confirmation de l’analyse que nous faisons depuis quelques temps : sans perspective d’amélioration pérenne de la conjoncture économique, le CAC (pour rester sur cet indice) aura bien du mal à franchir définitivement le cap des 3500 points. Rien d’illogique. Et pourtant…

Alors même que la sinistrose médiatique bat son plein (pic de chômage, multiplication des plans de licenciement, programmes d’ajustement budgétaire sans précédent,…), les fonds actions affichent pour certains de telles performances annuelles qu’elles paraissent en total décalage avec cet environnement ô combien anxiogène. En élargissant l’observation à la zone euro tout entière, dont la situation d’ensemble, au-delà des contrastes en son sein, ne diffère guère de celle qui prévaut dans l’hexagone, on constate que les performances actions depuis le début de l’année dépassent encore les 20% pour les meilleurs. De quoi faire dire, une fois de plus, au commun des mortels et aux détracteurs patentés de la Finance, que, décidément, celle-ci n’en finit plus de marcher sur la tête. Retour en force des vieux poncifs : les usines ferment, la bourse flambe !       

En réalité, les néophytes ne sont pas les seuls à pointer ce paradoxe apparent, également soulevé par les professionnels. À l’aune de l’incertitude politique persistante (lancinance de la crise souveraine), de l’illisibilité désormais chronique de la conjoncture et de la difficulté récurrente à élaborer un scénario central fiable (le spectre de l’enlisement récessif), confrontés eux-mêmes à cet environnement particulièrement adverse, les gérants n’en demandaient pas tant. Non pas qu’ils ne soient pas comptables de ces performances enviables, au contraire : à l’évidence, ils ont parfaitement su exploiter la rotation sectorielle qui s’est opérée tout au long de l’année. Et cette réussite est d’autant plus méritoire que la succession et la violence des phases haussières et baissières en 2012, au-delà de la source d’opportunités qu’elle a constitué, avait largement de quoi en envoyer plus d’un dans le décor. Coup de chapeau en particulier aux stratégistes allocataires, plus que les autres exposés au risque de « porte de saloon » et dont on peut dire, pour la plupart, qu’ils ont, jusque-là, plutôt très bien négocié l’exercice 2012. Tout cela pour dire, même si l’année n’est pas finie, que les performances réalisées cette année par les gérants sur l’ensemble des classes d’actifs (actions, obligations, diversifiés…) constitueront, pour les économistes, un témoignage particulièrement trompeur de « la crise », appellation la plus commodément utilisée pour dépeindre le climat d’instabilité et d’illisibilité sans précédent qui a prévalu tout au long de 2012.      

Dit autrement, hormis le caractère particulièrement stressant de ces poussées sporadiques de volatilité, on se contenterait bien volontiers de ces performances tous les ans.  

Est-on parti pour en 2013 ? Possible. Mais, pour l’heure, bien malin qui peut en préjuger. Les statistiques et autres indicateurs avancés sont contradictoires. Certes, on ne peut nier que, depuis cet été, les marchés appréhendent un recul du risque souverain. L’annonce des OMT a participé à la dissipation de la défiance extrême. Mais, d’un point de vue économique, tant au niveau macro que micro, c’est l’incertitude qui continue de prévaloir : en Europe, si les indicateurs avancés ne présentent pas de signe d’effondrement supplémentaire, on ne peut pas encore parler d’amélioration tangible, comme en attestent les PMI publiés ce jour en zone euro et l’indicateur IFO, en Allemagne, une fois encore, en baisse par rapport au mois dernier.

Aux Etats-Unis, malgré le rétablissement probant du secteur immobilier, le contraste des indicateurs avancés régionaux (cf. la chute de l’indice de la Fed de Richmond) ainsi que l’épée de Damoclès que constituent l’incertitude électorale et son corolaire, la question du fiscal cliff en début d’année 2013, ne permettent pas d’envisager sereinement et avec conviction un raffermissement tendanciel de l’activité.

Enfin, sur le plan microéconomique, au-delà des publications de résultats plutôt mitigés jusque-là, on note une grande prudence quant aux perspectives du dernier trimestre, en particulier sur les projections de chiffres d’affaires. Sachant que les profits en volume des entreprises américaines se situent sur des niveaux historiques, on a tout lieu de faire montre de la plus grande prudence. Ainsi, si on peut au moins expliquer l’excellente tenue du marché US ces derniers mois par une profitabilité record des entreprises domestiques, on s’aperçoit, à l’image du secteur technologique ces jours derniers, que la moindre petite déception en la matière est immédiatement sévèrement sanctionnée.

Il est donc à craindre que les gérants doivent continuer à faire, un certain temps encore, ce qu’ils ont finalement plutôt très bien fait en 2012 : naviguer à vue.

 

Joseph ALFONSI

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
AQUILA GRANDE EUROPE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Actions Europe 1.66 M€ -1.92 % -9.51 %
A7 PICKING LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Mixtes Mondial Flexible 14.99 M€ -11.36 % -13.56 %

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