La Chine change de modèle et recherche la croissance durable

L'analyse de Petercam Private Banking

01/12/2014 - Publié par PETERCAM MANAGEMENT SERVICES dans Marché Actions

La Chine change de modèle et recherche la croissance durable

La semaine dernière, la Chine a, pour la première fois depuis plus de deux ans, abaissé ses taux d'intérêt. Une décision plutôt inattendue dans la mesure où aucun commentaire officiel récent ne l'avait laissé présager. Selon certains observateurs, la Chine devrait à présent rejoindre prochainement le club des pays pariant résolument sur la relance monétaire pour réactiver la croissance. Une analyse plus approfondie de la baisse des taux de la semaine dernière incite toutefois à penser que cela est peu probable. En effet, les responsables politiques restent préoccupés par la rapidité de la croissance des crédits et déterminés à rééquilibrer l'économie, raison pour laquelle la croissance devrait continuer à ralentir.

 
Les responsables politiques chinois ont décidé, la semaine dernière, de réduire les taux d'intérêt. Au premier abord, il est tentant de voir dans cette décision le signe que les responsables s'inquiètent de plus en plus de l'état de l'économie. Après tout, la croissance économique (désormais à 7,3% contre 7,5% au premier semestre) décélère et l'inflation (à 1,6%) reste clairement en dessous de l'objectif (3,5%). Certains prétendent même que cela pourrait marquer le début d'un programme de relance monétaire plutôt agressif. D'autres mettent en garde contre le danger d'une nouvelle accélération du rythme déjà intenable de la croissance des crédits.
 
En réalité, la situation est un peu plus complexe et nous ne voyons pas dans la baisse des taux un changement de cap politique. Les dirigeants chinois ont en effet répété tant et plus que leur principale préoccupation restait la recherche d'une croissance durable. Certes, l'ancienne stratégie chinoise consistant en une canalisation des dépôts d'épargne vers les investissements en infrastructures et une croissance rapide des exportations favorisée par un taux de change sous-évalué a permis de sortir quantité de personnes de la pauvreté. Seulement, avec des pans entiers de l’industrie souffrant de surcapacité, cette politique, qui s'est accompagnée d'une croissance intenable des crédits, a aujourd'hui clairement montré ses limites. Dans ces conditions, le gouvernement restera concentré sur la plus que nécessaire transition vers la consommation domestique.
 
Point important, la dernière baisse des taux ne provoquera pas automatiquement une accélération de la croissance des crédits. S'il est probable que la demande de crédits augmentera, rien ne dit qu'il en ira de même pour l'offre de crédits. En effet, le rythme de croissance des crédits en Chine est dans une large mesure déterminé par des quotas de prêts. En pratique, c'est le gouvernement qui décide du montant que les banques publiques peuvent prêter à leurs clients. Compte tenu de l'inquiétude du gouvernement vis-à-vis de la rapidité de la croissance des crédits, il est peu probable que ces conditions soient assouplies de manière significative à court terme. Par conséquent, une accélération soutenue de la croissance des crédits et donc de la croissance économique ne doit guère être attendue.
 
La question qui se pose alors est bien sûr : "Pourquoi avoir baissé d'abord les taux d'intérêt ?" L'explication la plus convaincante est qu'il s'agit principalement d'une réponse aux coûts de financement élevés qui pèsent sur plusieurs grandes entreprises. Comme le taux d'intérêt préférentiel représente une bonne indication pour les coûts d'intérêts, cela devrait alléger le fardeau financier des sociétés lourdement endettées. Compte tenu de cet élément, davantage de mesures peuvent raisonnablement être attendues sur ce front l'année prochaine, ce qui pourrait maintenir des entreprises inefficientes plus longtemps en activité. Toutefois, il n'a jamais été dit que réduire les déséquilibres accumulés dans l'économie au cours de la dernière décennie serait facile. L'avenir s'annonce encore difficile à cet égard mais au moins, les responsables politiques possèdent une large marge de manœuvre si la situation devait se détériorer trop rapidement.
 
Avec une inflation appelée à rester faible, les taux d'intérêt réels devraient rester relativement élevés dans un avenir prévisible. Et ce ne sont pas une ou deux baisses de taux supplémentaires qui changeront subitement la donne. Globalement, les autorités restent très largement focalisées sur le ralentissement à terme de la croissance des crédits. Voilà pourquoi la dernière décision politique ne stimulera pas l'activité économique. Un niveau de vie plus élevé d’ores et déjà atteint, la prise de mesures supplémentaires pour rééquilibrer l'économie et le vieillissement rapide de la population chinoise font que la croissance ne pourra être que plus lente à l’avenir.

 

 

 

 

 

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