La Chine assouplit sa politique monétaire sans copier les autres banques centrales

06/02/2015 - Publié par PETERCAM (LUXEMBOURG) SA dans Marché Allocations d'actifs

La Chine assouplit sa politique monétaire sans copier les autres banques centrales

Trois mois après l’abaissement des taux d’intérêt par la Banque populaire de Chine (BPdC), les autorités monétaires chinoises ont franchi un pas supplémentaire en abaissant le ratio de réserves requises (RRR) pour les banques commerciales. Une décision qui ne doit pas être interprétée comme le signe que la Chine rejoint les principales banques centrales du monde dans une politique monétaire extrêmement accommodante. En réalité, ce dernier abaissement du RRR, plutôt modeste, était attendu. Durant la dernière décennie en effet, les changements de taux directeurs ont le plus souvent été accompagnés de mouvements similaires au niveau du RRR. Et de nouvelles mesures de relance ne sont pas à exclure à court terme. Mais dans notre scénario actuel de poursuite d’un ralentissement économique progressif, le rythme toujours rapide de la croissance des crédits limite clairement la marge de manœuvre de la banque centrale.

 
Alors que la baisse des taux directeurs en novembre dernier était largement inattendue, l'abaissement cette semaine du RRR (de 20 à 19,5%) pour les banques commerciales n'est pas vraiment une surprise. En effet, les taux directeurs et le RRR ont presque toujours évolué en duo au cours de la dernière décennie. Quant au timing, l'approche du Nouvel an chinois (le 19 février), une période où les liquidités sont par essence moins abondantes, a probablement joué un rôle décisif. L'abaissement du RRR a pour effet d'augmenter la capacité des banques commerciales à prêter aux entreprises et aux ménages. Mais que l'on ne s'y trompe pas, l'effet stimulant ne doit pas être surestimé et ne valide en aucun cas l'idée de certains observateurs selon lesquels la Chine rejoindrait ainsi le club des autres grandes banques centrales (comme la BCE tout récemment) appliquant des stratégies agressives d'assouplissement.

 

Pour être clair, ce n'est pas parce que l'impact estimé sur les prêts supplémentaires est faible que la décision n'est pas pertinente. Elle est certainement importante en ce sens qu'elle suggère que la politique monétaire restera en mode assouplissement tout au long de l'année 2015, voire au-delà. En effet, de nouvelles baisses des taux et du RRR sont déjà à l'étude. Cela allégera à la fois le fardeau financier qui pèse sur les sociétés lourdement endettées et augmentera la capacité de prêt des banques commerciales. Mais bien que pertinentes et utiles, ces mesures ne changeront pas fondamentalement les perspectives de croissance à court terme, le rythme actuel de croissance des crédits étant toujours, dans une large mesure, déterminé par les quotas de prêts. Concrètement, c'est le gouvernement qui décide du montant que les banques détenues par l'État peuvent prêter. Et c’est une donnée importante dans le contexte de l'explosion de la dette observée ces cinq dernières années. Les dirigeants chinois ont absolument raison d'exprimer régulièrement leur inquiétude à ce sujet. En effet, même si la croissance des crédits diminue, son rythme reste supérieur à celui de la croissance nominale du PIB, si bien que le niveau total de la dette (en % du PIB) continue à augmenter. Voilà pourquoi, les efforts d'assouplissement de la Banque populaire de Chine resteront relativement modestes à l’avenir.
 

Une activité qui ralentit progressivement
Plus de six ans après le début de la Grande Récession, l'activité économique en Chine continue à ralentir progressivement. Malgré le coup de pouce donné par la baisse des cours du pétrole et l'assouplissement des conditions monétaires, nous nous attendons à une nouvelle décélération de la croissance cette année. Si la consommation des ménages résiste très bien, la croissance des investissements a déjà diminué sensiblement, ce qui est cohérent avec les intentions bien définies des dirigeants de rééquilibrer l'économie au cours des prochaines années. L'inflation, pendant ce temps, reste sensiblement inférieure à l'objectif de 3,5% depuis près de trois ans, laissant à présent de la place pour un nouvel assouplissement de la politique monétaire. L'année 2015 devrait être marquée par de nouvelles mesures d'assouplissement. Toutefois, sauf scénario d'atterrissage brutal, la marge de manœuvre reste limitée compte tenu du maintien des risques liés à la croissance rapide des crédits. D'où l'importance de ne pas mettre les mesures de relance de cette semaine et à venir sur le même pied que les mesures énergiques déjà adoptées par la plupart des banques centrales dans le monde développé.

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