La BCE clôt l'année en assurant 2017

Hebdo Crédit Octo AM du 12 décembre 2016

12/12/2016 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

La BCE clôt l'année en assurant 2017

Après les inquiétudes politiques, américaine puis italienne, des semaines passées, les marchés attendaient plus ou moins patiemment leur plus grande alliée, la BCE, pour leur donner quelques nouvelles raisons de satisfaire leur optimisme.

C’était sans compter que le propre de la Banque Centrale est d’être une force d’équilibre plus qu’une force procyclique, au contraire de ce qu’on peut observer chez  ses consœurs banques commerciales. Ainsi Monsieur Draghi eût-il probablement adopté un ton des plus accommodants si la panique ou même la défiance avait soudainement gagné les opérateurs, mais à la vue de la résilience des marchés, voire de leur regain d’optimisme après les deux scrutins, l’occasion était trop belle de ne pas enclencher une nouvelle étape du QE, la modération.

Ainsi, après avoir affirmé à multiples reprises que la BCE était toute puissante et pouvait, autant que nécessaire, injecter des liquidités par tout canal que ce soit, Monsieur Draghi a-t-il jugé opportun, en cette fin d’année 2016, finalement bien meilleure qu’on aurait pu le craindre en début d’année pour les marchés financiers, de donner une nouvelle inflexion à son programme qui est à la fois prolongé dans le temps (au moins jusque fin 2017) et réduit en terme d’intensité (de 80 à 60 milliards d’achats par mois).

Plusieurs explications peuvent venir expliquer ce changement :

Les plus optimistes pourront arguer qu’il s’agit de l’étape du ‘tapering’, innovation de langage instaurée par Monsieur Bernanke en 2013 alors qu’il profitait de statistiques économiques positives pour entamer un ralentissement de son QE. Pourtant, les conditions ne sont pas du tout les mêmes en Europe, ni en terme de temps, la BCE ayant commencé son QE il y a à peine 18 mois (tandis qu’il avait fallu 5 ans à la FED pour entamer son ‘tapering’), ni en terme de résultats, les statistiques économiques de l’Eurozone n’étant pas du tout au rendez-vous en particulier dans les périphériques… Et on ne peut tout de même pas penser que la BCE pratique son QE pour l’Allemagne bien qu’elle soit la première à en profiter, tant en terme de taux de rendement que d’afflux de liquidité…

On pourrait aussi imaginer qu’il s’agisse d’un test de Monsieur Draghi, fin stratège, qui profite d’un certain optimisme des marchés financiers pour tester un discours différent, moins axé sur la toute-puissance de la BCE et son assistance sans limite à l’économie européenne, et plus orienté vers un soutien de long terme à une zone en rétablissement. Encore faudrait-il, pour croire en ce scenario, conserver un certain optimisme sur la capacité de l’Eurozone à sortir de son marasme d’ici fin 2017… Ce qui reste fort peu probable au vu des défis qui restent à relever, surendettement en tête…

In fine, nous pensons plutôt que Monsieur Draghi a surtout besoin de gagner du temps. Non que nous imaginions qu’il ait été un naïf et qu’il ait cru en 2015 pouvoir sauver l’Eurozone en appliquant un programme puissant et rapide mais  on imagine plutôt que la BCE agit de manière empirique. Les premiers mois, la BCE n’avait pas d’autre choix que de seulement rétablir un semblant de confiance en montrant sa force. Ensuite, il fallait, pour offrir les meilleures conditions économiques et budgétaires aux pays membres, abaisser au maximum leurs conditions de financement en espérant que les gouvernements aient le courage d’effectuer les réformes en parallèle, mais, hormis pour la Grèce ou le Portugal, l’argentier européen n’a pas –encore– de pouvoir de rétorsion sur ses membres...

Ainsi aujourd’hui la BCE a seulement besoin de gagner du temps pour que les réformes s’opèrent tout en sachant que, même avec la meilleure volonté des gouvernements et des populations, un temps relativement long sera nécessaire, ne serait-ce que pour retrouver une certaine stabilité politique, comme en Espagne ou en Italie et/ou élire des gouvernements réformateurs comme en France et en Italie.

Appliquer un programme trop puissant trop longtemps aurait poussé la BCE à risquer de se retrouver au bout des capacités du marché obligataire lui-même, ayant déjà courant 2016 flirté avec la limité tant la liquidité devenait faible et les taux négatifs sur les obligations souveraines. En affirmant vouloir travailler sur la longueur tout en réduisant, légèrement (car rappelons que début 2016, le programme venait d’être augmenté de 60 à 80 milliards, ce n’est donc qu’un ‘retour à la normale’) la puissance de son programme, seulement un an après l’avoir entamé, on peut imaginer que la BCE sait qu’elle en aura pour longtemps, très longtemps… Et il est probable que malgré tous les nouveaux mots de vocabulaire qu’on puisse trouver, la planche à billets tourne encore à plein régime pendant encore plusieurs années, bien après 2017…

 Matthieu Bailly, Octo Asset Management

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
OCTO CREDIT CONVICTIONS OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Obligations Mixtes Moyen Terme 26.34 M€ 1.77 % 2.89 %
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