La Banque Nationale Suisse provoque un tsunami sur les marchés

L'analyse de Petercam Private Banking

19/01/2015 - Publié par PETERCAM MANAGEMENT SERVICES SA dans Marché Devises

La Banque Nationale Suisse provoque un tsunami sur les marchés

La Banque nationale suisse (BNS) en aurait-elle assez de son image plutôt insipide ? Toujours est-il qu'elle a décidé cette semaine de secouer les marchés en abandonnant le taux plancher du franc suisse par rapport à l'euro. Après la crise de 2008, le franc s'était en effet sensiblement apprécié par rapport à l'euro et la crise de l'euro avait encore accentué la pression en 2010-2011. Après une appréciation du franc suisse de 60% par rapport à l'euro en août 2011, à 1,04 exactement, la BNS avait alors fixé un taux plancher pour sa devise. L'impact négatif du renforcement de la devise sur les exportations suisses devenait en effet trop important. Concrètement, le franc ne serait plus autorisé, désormais, à descendre en-dessous (lisez : à se renforcer au-delà) de 1.20 CHF pour 1 EUR.

 
Pour rappel, il est extrêmement difficile pour une banque centrale d'empêcher sa devise de s'affaiblir lorsque les forces du marché poussent en ce sens (comme la banque centrale russe l'a encore appris douloureusement voici peu). À l'inverse, empêcher une devise de se renforcer est plutôt simple : la banque centrale peut en effet imprimer sa devise et l'utiliser alors pour acheter des devises étrangères. En théorie, elle peut agir ainsi indéfiniment ou du moins aussi longtemps que l'augmentation de la masse monétaire ne provoque pas d’inflation (elle peut même "stériliser" ses achats pour annuler ainsi leur impact sur la masse monétaire). Suite à ses achats de devises étrangères, la banque centrale verra alors ses actifs augmenter mais une fois encore, le seul vrai risque dans ce cas sera l'inflation.
 
Comme la Suisse a mis cette théorie en pratique, la BNS a vu son bilan augmenter pour passer à plus de 80% du PIB, sans toutefois conduire à la moindre pression inflationniste. La BNS s'attend en effet à une inflation négative cette année, alors qu'elle rate son objectif d'inflation "juste inférieure à 2%" depuis plus de 10 ans. Cette politique de la BNS n’a pas été sans créer quelques tensions politiques dans la mesure où un parti de l'opposition est parvenu à obtenir l'organisation d'un référendum pour contraindre la BNS à détenir 20% de son bilan en or. Si cette motion incroyablement mal étayée a finalement été rejetée lors du référendum organisé en novembre dernier, il n'en reste pas moins que ce référendum était aussi révélateur des difficultés éprouvées par la BNS pour défendre sa politique.

Des difficultés qui ont sans doute poussé la BNS à abandonner de manière plutôt surprenante son taux de change plancher cette semaine. La faiblesse de l'euro par rapport au dollar a également donné une plus grande marge de manœuvre à la Suisse et la BNS a aussi remarqué que les sociétés avaient eu suffisamment de temps pour s'adapter à une devise plus forte. De plus, l'annonce attendue d'un assouplissement quantitatif (QE) par la BCE risquait d'accentuer la pression sur le franc et la BNS a peut-être préféré abandonner préventivement la défense du taux plancher plutôt que d'accentuer encore son bilan. Dans tous les cas, la BNS a abaissé ses taux directeurs - 0,75%.

À première vue, il semble que la BNS ait mal calculé les réactions du marché puisque le franc a gagné 18% par rapport à l'euro. Un problème pour l'économie suisse puisque près de 50% de ses exportations se font à destination de la zone euro. Les exportateurs suisses ne devraient pas être en mesure de faire face à un tel renforcement du franc et un peu perdue au milieu de toute cette agitation, la BNS a conclu sa déclaration sur l'abandon du taux de change plancher par le message selon lequel elle resterait active sur les marchés des changes afin de prévenir tout resserrement inapproprié des conditions monétaires. Si le franc se rapproche à nouveau de la parité par rapport à l'euro, la BNS devra à nouveau intervenir afin de limiter l'appréciation de sa devise.

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