L'Italie en route vers des élections capitales

14/12/2012 - Publié par PETERCAM (LUXEMBOURG) SA dans Marché Actions

L'Italie en route vers des élections capitales

Le Premier ministre technocrate italien Mario Monti a surpris tout le monde le week-end dernier en annonçant son retrait une fois le budget 2013 approuvé. En soi, cette décision ne change pas grand-chose. Elle implique simplement que les élections prévues pour avril prochain seront avancées à février. Dans le même temps, Silvio Berlusconi a annoncé son retour aux affaires politiques, estimant qu'il avait la recette pour sauver le pays. Une nouvelle blague à l’image du personnage, mais assurément pas la meilleure.

Si un retour de Berlusconi au poste de Premier ministre est en réalité très peu probable, la candidature du vrai comédien Beppe Grillo, avec son mouvement anti-euro, a elle de quoi inquiéter. Pour information, Monsieur Grillo est actuellement deuxième dans les sondages…

Au-delà du côté spectacle, les prochaines élections italiennes s'annoncent cruciales pour l'avenir de l'Italie mais aussi de l'euro. La troisième économie de la zone euro s'est mise toute seule dans une situation intenable et la réaction de l'électorat est à ce stade inconnue.

L'Italie a longtemps été connue pour le niveau élevé de sa dette publique qui correspond aujourd'hui à 126% du PIB. Pourtant, l'état des finances italiennes n'est pas si mauvais que cela. La dette publique est certes élevée, mais elle est aussi fondamentalement stable. À 2,6% du PIB, le gouvernement italien affiche le surplus primaire (solde budgétaire global hors paiements d'intérêts) le plus élevé de la zone euro. Cela reste insuffisant pour réduire la dette, mais au moins la dette publique n'augmente pas. De plus, le pauvre gouvernement est compensé par un secteur privé relativement riche. Le principal problème de l'Italie, et ça l'est depuis de nombreuses années, est son manque de croissance économique, avec une croissance économique moyenne famélique de 0,5% par an depuis 1999. Et dans une tentative d'intégrer la classe des bons élèves de la zone euro, Mario Monti a amené l'Italie sur la route de l'austérité, plusieurs mesures de resserrement budgétaire plongeant dans la foulée l'économie dans une profonde récession.

Concrètement, l'économie italienne s'est contractée de 2,5% depuis la mi-2011 et affiche toujours un retard de 6,8% par rapport au pic enregistré avant la crise de 2008. Fondamentalement, les indicateurs avancés suggèrent que les choses vont encore empirer considérablement au cours des prochains mois et pendant ce temps, le taux de chômage a atteint son niveau le plus élevé depuis le début de l'année 1999 (et continue à augmenter).

Tant le PIB par habitant que le taux de chômage se trouvent actuellement au même niveau qu'en janvier 1999. En d'autres mots, l'Italie a vécu 14 années avec l'euro et n'y a fondamentalement rien gagné en termes économiques. Et il n'existe aucun signe d'amélioration à court terme. De plus, l'Italie affiche un compte courant proche de l'équilibre, ce qui implique qu'elle n'a pas besoin de capitaux externes pour se financer, et a développé un secteur exportateur qui souffre certes de problèmes de compétitivité, mais cela pourrait être résolu par une dévaluation comme cela a déjà été le cas par le passé. Le risque de voir germer l'idée d'une vie possible en dehors de l'euro dans l'esprit de certains n’est donc qu’une question de temps.

Bien sûr, les problèmes de Chypre, de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne sont importants pour la zone euro. Mais les doutes vis-à-vis de l'euro en Italie sont d'un tout autre ordre et les élections italiennes pourraient facilement déclencher une nouvelle phase dans la crise de l'euro.

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