L’Espagne en facheuse posture

05/10/2012 - Publié par PETERCAM (LUXEMBOURG) SA dans Marché Allocations d'actifs

L’Espagne en facheuse posture

Cela ne fait plus de doute depuis des mois, l'Espagne a besoin d'aide. A la fois pour ses banques et pour son économie en général. L'Europe a clairement fait part de sa disposition à apporter son aide, mais le Premier ministre espagnol Marino Rajoy hésite toujours à la solliciter. L'Espagne ne veut en effet pas rejoindre la liste déjà formée par la Grèce, le Portugal et l'Irlande et refuse de se soumettre aux conditions et à la supervision extérieure que suppose généralement une telle aide.

 

En attendant, l'Espagne ne cesse de s'enfoncer dans la récession avec des chiffres de plus en plus funestes, même s’ils restent légèrement supérieurs à ceux affichés par d'autres pays en crise comme l'Italie, le Portugal et la Grèce. L'activité économique globale a ainsi reculé de 5,4% par rapport à son niveau d'avant-crise en 2008 et la tendance baissière est repartie de plus belle après un bref répit début 2011. La production industrielle a quant à elle reculé de 5% depuis le début de l'année par rapport à l'année dernière, les ventes de détail de 3,5% et les ventes de voitures de 8%. Enfin, l'activité dans le bâtiment est pratiquement tombée à l’arrêt, la construction de nouvelles maisons ayant plongé de 90% par rapport à son sommet d'avant-crise. Concrètement, cette récession incessante a un effet désastreux sur le marché du travail avec un taux de chômage qui culmine aujourd’hui à 25,1% (8% en 2007), soit le niveau le plus élevé depuis plus de 30 ans. Et chose inquiétante, le chômage atteint aujourd'hui... 52,9% chez les moins de 25 ans. Même si une partie de ces chômeurs sont il est vrai actifs dans l'économie informelle, ces chiffres ne sont pas tenables. Pire, aucune amélioration n'est en vue.

 

Face à cette situation, le gouvernement a élaboré récemment un nouveau budget visant à ramener le déficit sous les 3% du PIB en 2014. Après un effort de resserrement budgétaire extrêmement sévère équivalant à 5,9% du PIB en 2012, il prévoit ainsi un nouvel effort de 3,7% en 2013. Néanmoins, ce budget repose sur des hypothèses de croissance exagérément optimistes et une contribution substantielle attendue (mais peu probable) des régions. Le gouvernement devra donc plus que probablement ajouter de nouvelles mesures pour atteindre ses objectifs l'année prochaine, mais ces objectifs budgétaires le placent aussi dans une position impossible.

 

Pour rappel, l'Espagne a connu un énorme boom des crédits entre 2003 et 2007, mais à l'inverse de la Grèce et du Portugal, son gouvernement n'y a pas participé, cela ne concernant que le secteur privé. Néanmoins, cela a aussi laissé l'Espagne avec une dette économique totale comparable à celle de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande. Et lorsque la crise financière a éclaté en 2008, l'accès au crédit a disparu, forçant le secteur privé à passer en mode épargne. Pour limiter l'impact sur l'économie, le gouvernement a alors dû intervenir et a ainsi accentué de manière substantielle le déficit public. Aujourd'hui, le secteur privé reste clairement en mode épargne et mettre le secteur public à la diète en même temps ne pourra qu'enfoncer l'économie dans la récession.

 

En conclusion, les prêts officiels de l'Europe et du FMI et de possibles achats d'obligations par la BCE ne résoudront pas les problèmes pour l'Espagne. Pareilles initiatives permettront certes d'éliminer le risque d'une crise de financement à court terme pour le gouvernement espagnol, mais ne réduiront pas la nécessité pour le secteur privé dans un premier temps et le secteur public ensuite de réduise leur dette. Plus important, une aide extérieure ne résoudra pas les deux grands problèmes de l'économie espagnole, à savoir les sombres perspectives de croissance et la dynamique intenable du chômage

 

 

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