L'entreprise contre attaque...

Hebdo Crédit Octo AM du 1er février 2016

01/02/2016 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

L'entreprise contre attaque...

L’entreprise contre-attaque

La liquidité ne s’est guère améliorée cette semaine mais l’humeur a changé et ce sont plutôt des mouvements de forte hausse que l’on a pu observer à partir de mercredi. Illiquidité plus supportable donc pour les gérants qui espèrent voir les excès du début d’année se résorber aussi vite qu’ils s’étaient créés…  Mais ce n’est malheureusement pas le cas et il y a peu de chance que cela se passe ainsi. L’anxiété, les désinvestissements, le principe du « précédent » modifient significativement et durablement un marché où la psychologie joue beaucoup et il est probable que les rendements obligataires se trouvent durablement affectés par les épisodes des quelques mois passés.

De plus, notons que rien n’a changé d’un point de vue macro et que seule l’absence de contreparties et de courroies de transmission dans les marchés financiers crée cette volatilité, qui au final, si on regarde les actifs à quelques mois d’intervalles, ne joue que peu sur leur prix de long terme, matières premières exceptées.

Au sujet du pétrole justement, la tendance de baisse continue semblait cette semaine avoir été endiguée et on a pu observer des hausses de prix intraday de plus de 7%, mouvements à la limite du ridicule si on doit les comparer à ceux d’un actif traditionnel et non financiarisé. Toutes choses égales par ailleurs, est- il normal qu’un actif dont le marché est ‘efficient’ voit son prix grimper de quasiment 25% en 10 jours ? Alors les analystes ont tenté de trouver une raison à la hausse, expliquant que des accords de limitation de la production pourraient être discutés… Au final, rien de concret et on observe une fois de plus que les mouvements de prix ne sont justifiés que par l’illiquidité, les masses de flux et la spéculation.

Rien n’a changé donc et, en cas de lassitude de ces marchés qui apporteront probablement plus de volatilité que de rentabilité pour les mois à venir, on pourra profiter de l’appétit actuel du marché pour se délester de quelques actifs, non qu’ils aient retrouvés leurs prix d’il y a quelques mois, mais qu’au moins quelques acheteurs soient présents !! Ce qui est loin d’être toujours le cas.

Se délester ou patienter et garder une vision long terme, ne cédant pas plus à la frénésie d’achat qu’à la panique de vente, et oubliant, malgré les contraintes de mark to market de régulateurs semblant eux-mêmes décorrélés des marchés,  les mouvements de prix journaliers au profit de stratégies long terme, calées plus sur l’horizon des entreprises que sur le roll des contrats futures ou le reporting de fin de mois… Bien qu’expliquer les mouvements à l’investisseur final reste une préoccupation tant majeure autant que complexe…

Vision de long terme donc et on a vu cette semaine que les entreprises, même les plus attaquées par les marchés financiers, peuvent avoir des réponses massives, bien loin de petits calculs instantanés prédisant le défaut ou la restructuration…

On notera cette semaine les cas d’Areva, dont l’Etat Français est venu à la rescousse pour la énième fois et dont on ne pouvait attendre autre chose. Comme en 2012, l’actionnaire à 85% de l’entreprise stratégique en terme d’expertise et de domaine (le nucléaire) a mis la main à la poche et les rendements court terme de l’industriel sont passés de 12% à 4% en quelques heures. Voir une entreprise détenue à 85% par l’Etat français en défaut de paiement était en effet impossible, ne serait ce que pour le crédit des autres (La Poste, SNCF, etc…) mais il est probable que le problème revienne régulièrement sur la table et qu’un jour des solutions plus drastiques soient nécessaires pour Areva comme pour les autres : restructurations, annulation des dettes, etc… Ce jour là, c’est probablement que l’Etat Français lui-même aura rejoint son homologue grec et n’aura plus le choix ni l’argent… Pour le moment il profite des taux 10 ans à 0.61% et il a bien raison.

Des taux à 0.61% dont les corporates aimeraient bien profiter mais le QE ne produit pas ces bénéfices !! Il écarte au contraire les spreads entre les obligations publiques éligibles et les obligations privées… Merci encore aux régulateurs de ne surtout pas s’être concertés avec la Banque Centrale et de provoquer ainsi des distorsions toujours croissantes… Alors les ‘vraies’ entreprises doivent trouver des solutions alternatives et on a vu cette semaine Vallourec annoncer une augmentation de capital massive de 1 milliard d’euros pour rétablir son crédit et diminuer ses taux d’emprunt devenus insoutenables. Rappelons que Vallourec 3 ans traitait à 17% de rendement vendredi. Visant un retour vers la catégorie investment grade pour 2020, Vallourec devrait revenir vers des niveaux de taux acceptables de 5-7% d’ici quelques semaines et on notera la rapidité avec laquelle une entreprise dont le prix des obligations pricait quasiment une restructuration peut répondre grâce à une vision de long terme.

Après quelques années de rachats d’actions, de dividendes, de fusions-acquisitions, il est probable que l’on voit dans les mois à venir de nombreuses opérations de ce type, notamment dans le secteur des matières premières qui a déjà connu ce type de contre-choc par le passé et a tout à fait les moyens d’injecter du capital. Nous noterons notamment Arcelor, Rio Tinto, Anglo American, Eramet, CGG (qui l’a déjà fait mais qui pourrait recommencer un second tour de table avec de nouveaux acteurs, notamment internationaux). Non le secteur des matières premières ne s’éteindra pas demain et il intéressera forcément de nombreux acteurs de long terme pour des participations à bon compte dans un marché déserté pour quelques mois alors que le monde augmente sa consommation chaque jour et devrait continuer pour plusieurs décennies à venir…

 

Matthieu Bailly, Octo Asset Management

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