L'économie Russe en proie à une crise profonde ?

19/12/2014 - Publié par PETERCAM MANAGEMENT SERVICES SA dans Marché Actions

L'économie Russe en proie à une crise profonde ?

Malgré la forte hausse des taux d'intérêt décidée dans la nuit de lundi, le rouble (RUB) s'est très nettement déprécié le mardi. Si elle se dirigeait déjà à toute vitesse vers la récession avant même que n'explose la crise du rouble, force est de constater que la Russie va aujourd'hui au-devant d'une situation économique bien plus douloureuse encore. La crise de la devise nécessitera probablement de nouvelles mesures politiques et pourrait même inclure des contrôles des mouvements de capitaux. Le meilleur que les autorités puissent espérer est un retour à la hausse des cours du pétrole et la levée des sanctions économiques. Mais la probabilité que cela se produise à court terme est plutôt faible. Cela étant dit, même si les derniers événements pourraient peser sur le sentiment des marchés financiers, les répercussions économiques de la crise russe sur le reste du monde devraient être plutôt limitées.

 

ans une tentative audacieuse d'enrayer la dépréciation du rouble après une chute de plus de 11% le lundi, la Banque centrale russe a relevé sensiblement son principal taux directeur pour le porter de 10,5 à... 17%. Pourtant, cela n'a pas suffi à empêcher le rouble de chuter encore un peu plus le lendemain. Les indicateurs avancés laissaient déjà présager une récession imminente, mais une crise pure et simple apparaît aujourd'hui plus probable. L'inflation devrait monter en flèche et les conditions de financement de plus en plus restrictives auront de sérieux effets négatifs sur la demande domestique. De plus, même si le bilan global de l'économie russe est plus que correct, environ 650 milliards de dettes (± 30 % du PIB) sont libellés en devises étrangères (le plus souvent en USD). Et si le plongeon du rouble ne devrait pas poser de problèmes particuliers aux entreprises et secteurs dont les revenus sont aussi le plus souvent en USD, il conduira presque à coup sûr à certains défauts de paiement pour les sociétés endettées et largement tributaires de revenus en RUB.

 

Cela restera le cas même si des lignes de liquidités d'urgence en USD sont constituées par la Banque centrale russe pour venir en aide aux sociétés russes. La suite est hautement incertaine. Il a longtemps été clair que la Russie serait le seul grand perdant du conflit ukrainien avec l'Occident, en particulier dans le contexte de la chute rapide des cours du pétrole. La Russie a clairement perdu le contrôle de la situation et ne semble pas en mesure d'inverser la tendance. Une hausse à court terme des cours du pétrole et la levée des sanctions seraient les bienvenues, mais les chances que cela se produise à brève échéance sont minces. Les crises de devises antérieures sur les marchés émergents ont montré que même un resserrement radical de la politique monétaire n'était pas forcément toujours suffisant pour enrayer la chute de la devise (comme en Indonésie en 1998). La raison en est que de nouvelles hausses des taux d'intérêt ne feront qu'aggraver la situation économique russe, accentuant alors la fuite des capitaux.

 

À ce stade, l'introduction de contrôles des mouvements de capitaux pourrait être plus efficace dans la mesure où cela permettrait aux responsables politiques de stabiliser l'économie en abaissant les taux d'intérêt. Un relâchement progressif des contrôles des mouvements de capitaux pourrait ensuite intervenir dès la remontée des prix de l'énergie et l'apaisement des tensions géopolitiques.

 

L'économie russe fait aujourd'hui face à une crise profonde. Dans l'hypothèse d'un maintien des cours du pétrole aux niveaux actuels (aux alentours de 60 USD le baril), la Banque centrale russe prédit une contraction de l'économie de près de 5% en 2015 et plus de 1% en 2016. Aussi pénible que cela puisse être pour la Russie, les répercussions économiques directes pour le reste du monde et l'Europe en particulier devraient rester plutôt limitées. La Russie ne représente en effet que 2,6% du PIB mondial alors que les exportations vers la Russie ne représentent que 1% des exportations totales de la zone euro. Certes, l'impact d'une nouvelle intensification de la crise russe sur les marchés financiers ne sera pas forcément négligeable. De plus, plusieurs pays émergents producteurs de pétrole pourraient être confrontés à une pression à la baisse sur leur devise si contagion il devait y avoir. En fin de compte toutefois, l'impact sur l'activité économique mondiale devrait être compensé par le coup de fouet donné par la récente chute des cours du pétrole.

 

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