L'économie russe à pleine vitesse vers la recession

05/12/2014 - Publié par PETERCAM MANAGEMENT SERVICES dans Marché Actions

L'économie russe à pleine vitesse vers la recession

La  décision de l'OPEP, la semaine dernière, de maintenir les niveaux de production inchangés a fait chuter les cours du pétrole, provoquant par ricochet une nouvelle dépréciation majeure du rouble russe. Cette dépréciation de la monnaie russe accentuera encore l'inflation alors que les indicateurs avancés montrent que la Russie se dirige à toute vitesse vers la récession. Aussi pénible que cela puisse être pour la Russie, les répercussions économiques négatives pour le reste du monde devraient rester limitées. Cela étant dit, des craintes subsistent quant au risque de voir les tensions géopolitiques s’accentuer si la Russie devait opter pour une escalade du conflit en Ukraine, histoire de détourner l'attention de ses problèmes domestiques. De quoi, à son tour, peser sur le sentiment économique en Europe.

 

Le rouble a perdu environ 15% de sa valeur la semaine dernière. Un recul qui s'ajoute à la dépréciation de 15% par rapport au dollar américain depuis le début de l'année. Comme l'OPEP a décidé de ne pas réduire sa production, le cours du pétrole a encore reculé, entraînant le rouble dans sa chute. Inutile de dire qu'alors qu'ils représentent plus de deux tiers des exportations et plus de 50 % des recettes budgétaires, le pétrole et le gaz sont extrêmement importants pour l'économie russe. Cette chute des prix de l'énergie et les sanctions internationales infligées à la Russie dans le cadre du conflit ukrainien rendent la situation économique russe très difficile. Les indicateurs de confiance des consommateurs et des entreprises plongent, laissant entrevoir une importante récession à très court terme. A 8,4%, l'inflation dépasse déjà largement l'objectif de 5% et ne fera encore qu'augmenter avec la dépréciation du rouble.

 

Certains observateurs ont effectué une comparaison avec la crise russe de 1998 mais celle-ci semble exagérée. La crise, à l'époque, était une crise monétaire spéculative dans la foulée de l'agitation de 1997 en Asie. Même si la chute des cours du pétrole avait aussi largement contribué à la crise à l'époque, la situation actuelle n'est pas comparable. Une différence importante en effet est que le rouble était alors étroitement lié au dollar américain pour faire reculer l'inflation. Si cela a dans un premier temps fonctionné au moment où la situation financière globale de l'économie russe était très faible, cela a aussi renforcé les anticipations selon lesquelles l'étroite fourchette de négociation avec le dollar n'était plus tenable. La position nette de la Russie en actifs étrangers, qui mesure la richesse globale de l'économie (ménages, entreprises et gouvernement) par rapport au reste du monde, montre que le bilan russe est aujourd'hui bien plus solide. De plus, la dépréciation du rouble aujourd'hui (presque) libre amortira l'impact sur l'économie, un mécanisme qui n'existait pas avant la dévaluation finale de 60% du rouble au début de l'année 1999. À titre d'exemple, avec les revenus du gaz et du pétrole en USD, la dépréciation du rouble compense aujourd'hui dans une large mesure la chute du cours du pétrole pour le budget russe. De plus, la confiance dans certains pans du secteur manufacturier est soutenue par la récente dépréciation du rouble puisque les conditions d'exportation s'améliorent.

 

Quoi qu’il en soit, les perspectives pour l'économie russe sont très sombres et la principale question consiste à savoir quel sera l'impact sur le reste du monde et l'Europe en particulier. En faisant court, on peut dire que l'impact direct, avec seulement 1% des exportations totales de l'Europe destinées à la Russie, restera relativement faible. Par contre, le net recul des prix de l'énergie depuis le début de l'année (30 % en euro pour le pétrole) représente une excellente nouvelle pour les entreprises et les ménages européens et cet effet positif sera plus important que la récession russe. Cela étant dit, il existe toujours un risque clair que les autorités russes cherchent à détourner l'attention des citoyens russes des problèmes économiques domestiques. Et même si les sondages d'opinion montrent que la majorité des Russes y sont opposés, un moyen évident d’y parvenir serait de provoquer une escalade de la situation en Ukraine. Dans ce cas, de nouvelles sanctions occidentales suivraient, déclenchant de nouvelles représailles russes. Les avantages d'un recul de l’euro, d'une énergie moins chère et de taux d'intérêt plus faibles pour l'économie de la zone euro seraient alors rognés par les effets négatifs sur le sentiment économique global.

 

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