Bonne trumpête de mots!

Coup de tonnerre sur la scène mondiale...L'E-conoclaste N°47- 21 novembre 2016

21/11/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

Bonne trumpête de mots!

LA CITATION DE LA SEMAINE

« La plus grande victoire n’est pas de ne jamais tomber, mais de se relever chaque fois que l’on chute. »

Confucius (551 av. JC, -479 av. JC), philosophe chinois.

 

L'ACTU EN CHIFFRES

16,3 milliards : est le volume de ventes en euros générées sur le site de vente internet chinois Alibaba lors la traditionnelle journée annuelle des célibataires (+35% par rapport à 2015), nouveau record établi. Ce 11 novembre en Chine commémore, dans la frénésie, le commerce mondial loin devant les « Cyber Monday » et « Black Friday » américains.

16 000 : est le nombre d’arbres que le Qatar à l’intention de planter près des stades pour le Mondial 2022.

87,5 : est l’actuelle part de marché en pourcentage d’Android sur le marché mondial des smartphones (+3,4% en un an), Google profitant à plein de la quasi disparition des « alternatifs » Windows Phone et BlackBerry (0,3% de parts de marché) et de l’effritement d’iOS d’Apple (-1,5% en un an à 12,1%).

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE                              

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

Coup de tonnerre sur la scène politique mondiale et accessoirement… sur les marchés.

Non il ne s’agit pas de la déclaration « surprise » de la candidature de Macron à la présidence française, mais de celle de Donald Trump au bureau ovale, déjouant tous les pronostics (médias, sondages) à part certainement celui de Carl Icahn qui avait misé un milliard de dollars sur la victoire de son ami.

Avec un suffrage indirect et une quasi moitié d’abstentionnistes (46,9% sur les 231,5 millions d’américains appelés aux urnes), il a suffi au milliardaire par le jeu des grands électeurs de ravir quelques Etats stratégiques pour succéder à Obama. Une subtilité constitutionnelle déjà contestée par les démocrates en 2000 lors de l’affrontement Bush-Al Gore.

Toujours à des années lumières des attentes des spécialistes : l’irruption (très improbable bien entendu) de Trump devait précipiter très rapidement les marché actions dans les abimes, provoquer l’envolée de la relique de barbare, la chute du dollar, et un tassement des taux.

Il s’est tout simplement produit exactement l’inverse et dans les grandes largeurs.

Jugez un peu : S&P 500 +5% vs -10% attendu, l’or -5% vs +10 attendu, le dollar +5% vs euro vs +5% attendu, taux 10 ans +40 bps vs -25 bps attendu entrainant par-là même à la hausse les courbes européennes.

Magistral contrepied des investisseurs, décidément le nouveau président américain est un adepte de l’effet  de surprise à l’image même de son discours rassembleur lors de son discours d’investiture et les indications concernant les premiers recrutements de son équipe (Reince Priebus, prochain secrétaire général de la Maison Blanche et actuel chef du parti Républicain nommé afin d’arrondir les angles avec un parti et un Congrès distants).

Au final, Trump sans tambour est une Excellente nouvelle pour l’entreprise. D’autant que ce dernier à la tête d’une centaine de sociétés ne va certainement pas se tirer une balle dans le pied et se mettre à dos ses nombreuses relations dans le milieu des affaires.

Enfin, Trump une bonne nouvelle pour la bourse est ce que disent les experts, vous savez les mêmes qui avaient prédit le S&P, l’or etc…

Pour rappel, son programme économique prévoit des baisses d’impôts sur les sociétés de 15 à 20% pour figer un taux autour de 15-20% (pas loin d’être un nouveau paradis fiscal) et sur les particuliers à 33%, de la dérégulation bancaire avec un aménagement au minimum du Dodd Franck Act permettant à nouveau les activités pour compte propre (avec des banques de plus en plus puissantes suite à la concentration de l’après 2008, les poses peuvent être sympathiques), la possibilité de rapatrier les 2 trillions de dollars détenus à l’étranger par les multinationales US pour un modique forfait de 10% dit-on (contre 35% aujourd’hui) et afin de contrer le mécanisme de tax inversion (relocalisation à l’étranger des sièges sociaux pour bénéficier de taux d’imposition plus favorable), la mise en place d’une politique de grands travaux sur une infrastructure vieillissante –ponts, routes, canaux, rails, aéroports tout y passe avant de trépasser par la relance budgétaire permettant à terme de stimuler de près de 5% de Pib.

L’état général moyen des infrastructures aux Etats-Unis selon l’American Society of Civil Engineers (ASCE) représentant 140 000 ingénieurs est classifié D (avant dernier niveau avant le caractère « inapte à l’utilisation ») soit un niveau à risque, en fin de vie avec risque élevé de « cassure »…

Logiquement, ce choc économique est très favorable aux revenus et marges des entreprises domestiques (contexte protectionniste oblige) et à un moment où l’économie américaine devrait atteindre les 3,3% de croissance au cours de ce dernier semestre, la tendance haussière des indices devrait se maintenir et repousser une fin de cycle (plus de 7 ans) que beaucoup craignait.

Programme favorable donc particulièrement pour les infrastructures (cimentiers, cabinets d’ingénierie et groupes de construction se partageront un budget de 1000 $MM enfin

si le Congrès le permet), les banques (par la dérégulation et la hausse des taux améliorant les bilans), les laboratoires pharmaceutiques (attaquées sur leurs marges par

l’encadrement et l‘administration des prix des médicaments sous les démocrates), les assureurs santé (Aetna…), les prisons privées (Geo Group, …..), les sidérurgistes, les producteurs d’énergies fossiles (on ne serait pas étonné qu’un système d’aides aux pétroliers de schiste soit élaboré), les acteurs de la défense (Raytheon, Lockheed martin…) et des armes (tel Smith& Wesson euh pardon, American Outdoor Corp, sa toute nouvelle petite dénomination et ce n’est pas une blague).

Les grands perdants depuis le 8 novembre à court terme sont les acteurs dépendant de l’Obama Care (Wellcare, Centene, Universal Health Services…) dont le périmètre et les revenus seront potentiellement bouleversés par la remise ne cause de la protection sociale et médicale, les énergies renouvelables et ses subventions, les secteurs sensibles à la remontée des taux d’intérêt tels les utilities, les télécoms, REITS (trusts immobiliers).

Enfin les entreprises technologiques de la Silicon Valley dont les Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) sont montrées du doigt et lourdement sanctionnées depuis 10 jours avec leurs fabrications délocalisées, leurs employés étrangers sous visa de travail H1B notamment indiens en risque sinon d’expulsion de non renouvellement, la mésentente du nouvel élu avec Tim Cook, patron d’Apple, lors de l’affaire de San Bernardino (FBI et sécurité IPhone) comme la querelle avec Jeff Bezos, fondateur d’Amazon (propriétaire du Washington Post depuis 2 ans et fervent adversaire de Donald Trump durant la campagne).

La rotation sectorielle entre les valeurs value et croissance (MSCI Europe Value/ Croissance) présente un différentiel de 7% (-2% et +5% respectivement).

On notera que l’autre grand gagnant inattendu de ces Trumponomics (ou « Trumpettes » si on est mélomane) est la devise britannique dont le mouvement contre euro a effectué le même parcours que le dollar pour revenir à 0,86, niveau d’avant les craintes de hard Brexit avec la nomination de Theresa May.

Cela étant dit, la dimension commerciale au niveau mondial reste ignorée par les investisseurs ou si peu. Car qui protectionnisme dit risque de guerre sur les tarifs douaniers avec l’Europe et la Chine ou une renégociation du NAFTA.

Tout produire aux Etats Unis et ne dépendre que des Etats Unis est un vœu pieu car cela ne se fait pas sur un coup de baguette magique et la hausse des prix importés pèsera inévitablement sur les marges des entreprises américaines, et sur les prix exportés suite à des rétorsions toutes naturelles de la part de ses partenaires commerciaux.

Sans compter la problématique du financement de la dette américaine pour mener à bien les réformes rêvées par Trump à grand coup de relance budgétaire qui possède comme principal créancier l’Empire du Milieu !?!

Tout laisse à penser que par pragmatisme, Trump redessinera probablement les contours des principaux accords commerciaux sans toutefois remettre fondamentalement en cause les grands principes. Du discours de campagne à la réalité il y a un monde…mais une seule certitude, l’imprévisibilité du futur président va décoiffer les investisseurs.

 

LE POINT TECHNIQUE

L’annonce du programme de Trump pour mener des grands travaux via la relance budgétaire à hauteur de 1000 $MM introduit un changement de paradigme sur une reflation de l’économie, concept qui restait inatteignable en l’état de l’économie et qui retardait l’action de la Fed. Trump s’est substitué à Janet Yellen d’une certaine manière, la mèche en plus, en accélérant la hausse des taux entamée courant octobre.

Sur le graphique ci-dessous, sont représentées les évolutions des taux 10 ans en Europe (en orange) et aux Etats-Unis (en blanc).

Source: Actis / Bloomberg

Cependant, la relance économique promise par le candidat Trump se traduira par le gonflement du déficit budgétaire durant tout l’exercice de son mandat (de -3,5% en 2016 à -6% en 2017 puis -7,4% en 2018, -9,4% en 2019 et -10,2% en 2020 selon Moody’s). L’explosion à la hausse de la dette fédérale qui en découlera (75,9% en 2016 ; 95,3% en 2020) incite les investisseurs à demander une prime de risque.

Le Congrès aura évidemment son mot à dire sur un tel dérapage budgétaire.

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

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