L'amende américaine n'est qu'un révélateur des difficultés chroniques de Deutsche Bank

03/10/2016 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT dans Marché Autre

L'amende américaine n'est qu'un révélateur des difficultés chroniques de Deutsche Bank

Alors que la fin d’année approche doucement, elle apporte avec elle quelques coups de froid et c’est aussi vrai sur les marchés.

La semaine passée a bien montré la fébrilité des investisseurs et surtout leur défiance vis-à-vis des banques en général et de Deutsche Bank en particulier, en proie à une crise qui pourrait pousser les parties prenantes, management, actionnaires, Etat Allemand, à prendre des mesures radicales.

Quelques chiffres tout d’abord pour donner une idée de l’ampleur du problème (ou de la solution…) :

- Bilan : 1800 milliards d’euros soit l’équivalent du PIB de pays comme l’Italie, le Brésil ou l’Inde (plus haut en 2008 et 2011 à environ 2300 milliards)

- Capitalisation : 15 milliards d’euros soit l’équivalent d’entreprises comme Publicis, Sodexo ou Natixis (dont le bilan est 3 à 4 fois plus petit)

- Procès : 8000 dont certains pour blanchiment en Russie, manipulation de cours et de taux d’intérêts, violation d’embargo, etc…

- Exposition aux dérivés : entre 40 000 et 50 000 milliards d’euros soit de 15 à 20 fois le PIB de l’Allemagne

- Levier : 36 fois au T1 2016.

Certes ces chiffres sont plus des symboles et bon nombre d’observateurs justifient depuis des années que ces chiffres ne sont pas comparables à ceux d’autres secteurs, que les procès sont les mêmes pour la concurrence, que les dérivés se compensent, et autres arguments qui ont conduit la plupart des opérateurs à fermer les yeux et à prêter à un établissement explosif pendant des années, alors même que l’expérience de Lehman et consorts devrait encore être bien présente dans les esprits.

Notons tout de même que le premier actif d’une banque est la confiance qu’elle inspire. On a vu régulièrement par le passé des banques faire faillite pour la seule raison qu’elles ou le système bancaire en général n’inspiraient plus confiance aux entreprises, aux ménages, aux contreparties : retrait des liquidités, clôture des comptes corporates, augmentation des appels de marge ou clôture forcée des positions de dérivés, autant de scenarios auxquels Deutsche Bank ne pourrait probablement pas faire face s’ils s’accentuaient encore.

Après être passé entre les gouttes depuis plusieurs années, repoussant toujours et encore l’étape nécessaire de la restructuration massive, Deutsche Bank se rapproche aujourd’hui de cette situation et trois options se présentent à elle pour l’avenir :

1/ l’option ‘standard’ : une restructuration importante, une ou plusieurs augmentations de capital, ponctuée de cessions d’activités, de spin-offs, de fermetures de pôles de trading, bref un démantèlement en douceur et une réduction de taille qui peut prendre plusieurs années mais assurera la pérennité de l’établissement avant de perdre la confiance des marchés. Nous citerons ici John Cryan, directeur général de la banque, qui affirmait dès 2015 vouloir « rendre la banque plus petite pour la rendre plus simple ». Le management a-t-il le temps aujourd’hui de mettre cette option sur la table, après avoir procrastiné pendant des années ?

2/ l’option du bail-in ordonné : une restructuration importante étant rarement possible dans le délai imparti par les marchés, souvent très impatients quand ils ont décidé de cibler un objectif (et on l’a vu avec les quelques hedge funds américains qui ont coupé les lignes de dérivés avec la banque allemande au bout de quelques jours de tourmente, après des années de relations), utiliser les nouvelles armes des banques pour faire face : les fameuses cocos qui pourraient servir de coussin. Avec 6 milliards de cocos dans le marché, Deutsche Bank pourrait certes augmenter significativement ses fonds propres mais suffiraient-elles vraiment 1/ à rassurer les marchés 2/ à couvrir suffisamment les pertes diverses en cas de défiance majeure 3/ à éviter l’effet contagion ? Il est probable que les autorités et régulateurs européens préfèrent tester leur nouvel arme de défense que sont les cocos et le bail-in sur un établissement plus petit, moins systémique et moins emblématique que Deutsche Bank pour apprécier sa qualité et sa fiabilité !! Mais on ne choisit pas toujours le lieu et l’heure et le fameux comité de Bâle pourrait bien être pris de vitesse…

3/ l’option ‘too big to fail’ : le management et les autorités diverses pourraient considérer, et ils ne seraient en principe pas dans l’erreur, que Deutsche Bank ne peut pas faillir au risque de faire sombrer l’ensemble du système bancaire européen dans un chaos sans précédent. Composée d’une dose d’incrédulité du management et des autorités, d’une dose d’incapacité à agir devant l’ampleur du phénomène, d’une dose de méthode Coué, d’une dose de communication efficace, cette méthode a montré des résultats mitigés par le passé sur le long terme… Et les suffisamment gros qui s’en sont sortis avaient souvent d’autres atouts en poche que la simple taille. On pense souvent à Lehman mais n’oublions pas AIG qui a été sauvé in extremis de la faillite par une aide directe de 85 milliards USD de l’Etat Américain seulement quelques heures avant de devoir déposer le bilan et après avoir tenté de syndiquer les colossales sommes auprès du marché pour qu’il se sauve lui-même...

Il est probable que l’histoire dure encore quelque temps et qu’elle soit un mix de ces diverses options mais la troisième nous semble la plus probable : certes les cocos seront probablement utilisées mais les régulateurs sachant très bien qu’elles ne suffiraient pas en cas de débâcle majeure, elles ne seront activées qu’une fois l’aide de l’Etat Allemand, voire de l’Eurozone, activée. Et ceci n’arrivera qu’une fois ayant tenté de rassurer en balayant les incertitudes, pourtant fondées, d’un revers de main, puis en promettant des restructurations alors que le temps manquera et n’offrira plus d’autre solution qu’un énième sauvetage du système financier, provoquant encore une fois l’ire des populations…

S’il est ainsi probable que les forces en présence souhaitent prouver, grâce à Deutsche Bank, que le mécanisme du bail-in fonctionne bien et que les cocos additionnées au nouvelles Tier 2 sont un outil efficace, écartant ainsi les seniors de la mutualisation des pertes, il est inutile d’être trop pressé pour se positionner sur les obligations de la banque allemande : les rebondissements pourraient être nombreux, les autorités et le management lents, les  spéculateurs baissiers (qui scient leur propre branche, nous sommes d’accord mais ce ne serait pas la première fois…) rapides et puissants. Les obligations DB seniors 5 ans offrent aujourd’hui un rendement d’environ 2%, c’est trop en relatif pour une banque solide et systémique, donc on pourra considérer qu’il vaut mieux avoir celle-ci qu’une autre banque qui pourrait aussi sombrer en cas de faillite de la première… ou on considérera que c’est trop peu en absolu et qu’il y a encore beaucoup plus à perdre qu’à gagner sur le nom, pour qui les périodes de volatilité pourraient bien s’accentuer dans les mois à venir, la volatilité probable des marchés pouvant provoquer des écarts majeurs sur les positions de dérivés...

Matthieu Bailly, Octo AM

 

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
OCTO CREDIT CONVICTIONS OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Obligations Mixtes Moyen Terme 20.04 M€ 3.39 % 1.88 %
OCTO TRESO - CREDIT OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Monétaires Euros 103.76 M€ 0.23 % 0.26 %
OCTO CREDIT COURT TERME OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Obligations Mixtes Court Terme 11.47 M€ 1.77 % 1.12 %

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