Les options limitées de la BCE face à la déflation

Hebdo Crédit Octo AM du 31 mars 2014

31/03/2014 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT dans Marché Obligataire

Les options limitées de la BCE face à la déflation

Une semaine pendant laquelle la situation en Ukraine, bien que la presse française soit plus occupée par les élections municipales, a plutôt empiré : sanctions des USA sur la Russie par le biais de ses banques et sociétés pétrolières (soit les deux mannes financières du pays), consolidation de l’emprise militaire de la Russie sur la Crimée, accords de partenariat de l’Europe avec l’Ukraine, aide de 18Md$ du FMI à l’Ukraine, autant de mesures à sens unique qui préfèrent prendre un parti net plutôt que de favoriser la négociation. Bien que cette attitude agressive de part et d’autre puisse dégénérer à tout moment par des embargos durs, des ruptures de circuits financiers ou une guerre, les marchés eux, habitués à survoler les indicateurs économiques et à gambader d’un sujet à l’autre au gré de la volatilité tant appréciée des traders,  sont déjà passés à autre chose, préférant scruter tantôt le PMI, tantôt l’IFO, tantôt les mises en chantier dans quelque province américaine…

 

Cette semaine, le sujet principal devrait être la BCE : après plusieurs mois de statu quo ayant inévitablement déçu les investisseurs friands de liquidités supplémentaires et d’annonces sensationnelles, les gouverneurs pourraient modifier légèrement leur discours, à leur rythme bien sûr, qui n’est évidemment pas celui des opérateurs …

 

En effet, si l’inflation basse n’était pas un critère suffisant pour envisager de nouvelles mesures de soutien à l’économie européenne – le QE étant LA mesure absolue - , la récente accélération de la hausse de l’Euro suite à la dernière réunion de la FED (qui pourrait augmenter ses taux d’ici quelques mois) pourrait provoquer un début d’action de la BCE ; une énième baisse du taux de refi ou un arrêt de la stérilisation du programme SMP (Programme d’achat d’obligations d’Etat) sont les plus simples tandis que le QE se heurterait à des oppositions sérieuses :

  • la BundesBank qui ne souhaite pas, derrière la façade d’une aide généralisée, aider tel ou tel pays ou secteur en crise
  • la profondeur du marché des dettes privées en Europe qui est beaucoup plus faible qu’aux USA et pourrait souffrir de distorsions majeures en cas de QE (d’où peut-être la promotion récente du retour des titrisations par les autorités qui offrirait un gisement beaucoup plus large)
  • Maastricht, qui interdit le financement direct des Etats par la banque centrale.

 

Il y a cependant plus de chances que les gouverneurs temporisent, annonçant une réflexion majeure sur le sujet et une position d’attente « attentive » pour la BCE, prête à agir mais repoussant au maximum l’usage de ses dernières cartouches pour éviter de se retrouver les bras ballants en les ayant utilisées trop tôt…

 

Sur le crédit, nous noterons lundi la mise en service de la centrale solaire de Soitec en Afrique du Sud, qui devrait lui permettre : 1/ de considérer les revenus du projet (80M€ par an), 2/ d’accéder au cash jusqu’à présent cantonné (85M€), 3/ et donc d’assurer le remboursement de la convertible 2014 pour un montant de 83M€.

Mardi, Fitch dégradait la perspective de Gazprom à négative, opération qui a largement succédé au recul du spread et devrait précéder des actions similaires des autres agences : si d’un point de vue ISR ou d’un point de vue contractuel (il peut être envisagé, en cas de rupture des relations financières, que la Russie bloque les avoirs étrangers au même titre que certains pays bloquent les leurs), les obligations Gazprom peuvent être sujettes à débat, elles le sont moins d’un point de vue opérationnel : l’Europe est pour le moment dépendante du distributeur de gaz russe (50% de sa consommation de gaz), peu de sources alternatives existent et elles sont limitées, le profil de crédit et de liquidité de Gazprom est très robuste et pourrait largement supporter un arrêt temporaire ou une baisse des exportations.

 

Jeudi, Wendel publiait de bons résultats, après plusieurs années de lutte pour réparer un investissement désastreux dans Saint-Gobain. Aujourd’hui la situation de la holding est saine avec un ratio LTV de 36% et des ratios de crédit qui pourraient lui permettre de retrouver un rating investment grade d’ici quelques mois (source Octo Finances), l’objectif du management étant 2017, tout en investissant 2Mds€ d’ici là.

 

Enfin sur le front des mauvaises nouvelles, nous noterons le nouveau report de la présentation des résultats d’Air Berlin, qui malgré un actionnaire solide (Etihad), ne semble pas parvenir à boucler le renforcement de fonds propres et de liquidités qui lui permettrait d’assurer sa pérennité… Les obligations décrochent, une intervention rapide devra être envisagée au risque de voir – encore – un transporteur aérien se mettre en défaut, après les italiens, les suisses, les américains…

 Matthieu Bailly

Octo Asset Management

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
OCTO CREDIT CONVICTIONS OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Obligations Mixtes Moyen Terme 20.05 M€ 3.54 % 2.31 %
OCTO TRESO - CREDIT OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Monétaires Euros 103.17 M€ 0.23 % 0.25 %
OCTO CREDIT COURT TERME OCTO ASSET MANAGEMENT Matthieu BAILLY Obligations Mixtes Court Terme 9.51 M€ 1.77 % 1.26 %

Articles similaires

TAUX À 10 ANS EUROPÉENS, QUASIMENT TOUS ...

Comme attendu, la BCE a cette semaine fait légèrement évolué son discours vers la possibilité d’un « assouplissement quantitatif », sans pour...

07/04/2014 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT

Obligataire / Commentaires de marché

2015, ANNÉE DES EXCÈS

Après l’excès d’optimisme du début d’année, qui nous avait conduit à proposer dès la fin mars de céder une partie conséquente de ses positions...

28/09/2015 - Publié par OCTO ASSET MANAGEMENT

Obligataire / Commentaires de marché