Grèce : « Là où il y a une volonté, il y a un chemin »

L'analyse de Jean Noël Vieille de 360 Hixance AM

07/07/2015 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Actions

Grèce : « Là où il y a une volonté, il y a un chemin »

L’évolution boursière des marchés financiers de cet été va encore largement dépendre de la résolution du problème grec. La nette victoire du non crée des incertitudes politiques mais devraient rendre encore plus nécessaire la recherche d’un accord entre les parties. En dehors de cette interrogation, l’environnement des marchés devrait être assez calme. Nous allons entrer rapidement dans la saison des résultats des entreprises pour le 1er semestre 2015 et nous n’attendons pas d’éléments particulièrement négatifs. Nous retrouverons une volatilité classique sur des titres qui dépasseront à la baisse ou à la hausse le consensus. Logiquement, les analystes ont eu tendance à réviser fortement en baisse les perspectives de croissance aux Etats-Unis et en Europe, nous pourrions avoir quelques surprises positives surtout pour les sociétés les plus internationalisées. En effet, ce qui revient en leitmotiv, c’est une conjoncture difficile et divergente en France alors que les autres pays européens sont en amélioration sensible.  

A la différence de la semaine précédente, le risque grec a été réintégré par les marchés après l’annonce de la fin des négociations entre Athènes et ses créanciers et surtout après l’annonce du référendum. Le CAC 40 a ainsi chuté de 4,96%, le DAX de 3,78%, et l’Eurostoxx de 4,96%. Les marchés américains ont été un peu plus résistants puisque le Dow Jones a reculé de 0,90% et le Nasdaq de 2,01%. Le Nikkei s’est replié de 0,8%, mais c’est surtout la bourse de Shangai qui a fortement dévissé. Depuis son plus haut le 12 juin, elle a perdu près du quart de sa valeur, mais pour des raisons internes autres que la Grèce !

Le non ne signifie pas Grexit mais doit amener un succès des négociations

Reprenons les faits et quelques hypothèses d’évolution de cette nouvelle situation. Première remarque, comment en est on arrivé à ce point de crispation ? Il est anormal que les différents créanciers ne se soient pas accordés sur une négociation d’une dette globale de 322 Mds d’euros, détenue majoritairement par l’Europe (222 via le FESF, la BCE et des prêts bilateraux). Ce montant amène le poids de la dette à 174% du PIB, ce qui la rend non remboursable surtout en 2015 puisque ce pays doit cette année plus de 25 Mds d’euros. Même avec un excédent primaire de 2% du PIB, l’asphyxie est totale avec un taux de chômage de 26,5%, même si ce chiffre doit être modéré par le poids significatif de l’économie souterraine. La raison de l’impossible accord tient à ce que les deux camps sont restés sur des positions très et trop stéréotypées : Tsipras prend la défense d’un peuple qu’il présente comme spolié par les précédents gouvernements et l’Union Européenne ne parle que de données financières, certains dirigeants européens souhaitant aussi un renversement du gouvernement grec. Les différents bailleurs ont aussi des positions divergentes sur l’hypothèse et les modalités d’une renégociation. Il existe pourtant une urgence, l’économie s’effondre ; il faut alors trouver rapidement des mesures de relance immédiate, tout en amenant la Grèce à mener des réformes structurelles d’envergure. Par exemple, ce pays consacre 4% de son PIB à la défense nationale contre 2% pour la France, une réduction de ce budget de 50% permettrait de dégager des marges de manœuvres nouvelles. Mais reconnaissons, et ceci est souvent peu évoqué, que ce gouvernement reste nationaliste, allié à une droite dure et finalement proche d’une Eglise orthodoxe pour l’instant épargnée par des mesures d’envergure. Paradoxalement, la victoire du non va conforter le pouvoir politique en place, sa légitimité, mais peut l’amener à approuver un nouvel accord si tant est que les bailleurs de fonds le veuillent vraiment ; mais ont-ils vraiment le choix ?.

Pourquoi un accord est-il plus que nécessaire et sur quels principes ?

Pour la stabilité future des marchés financiers, le Grexit ne peut constituer une hypothèse car ce serait entériner l’échec de la construction européenne, de l’euro, et plusieurs pays (Italie, Portugal et Espagne) deviendraient des cibles de la spéculation financière. Il y aurait alors un risque financier systémique important au plan européen. Ce serait un retour en arrière catastrophique d’où les réactions positives hier soir des partis extrémistes que ce soit à droite ou à gauche, qui font coincider, à contre-sens, le « non » avec une sortie probable de l’euro. Au delà des questions purement financières, on ne peut sous-estimer les risques géopolitiques. Garantir une Grèce politiquement stable et économiquement performante doit aider à stabiliser la région et à européaniser les Balkans. Inutile de faire l’inverse en balkanisant la Grèce ou en l’envoyant du côté de Poutine. Enfin, c’est une place stratégique pour les Etats-Unis et l’Otan, d’où la pression faite aussi par Obama pour trouver un accord dans un contexte aussi du Proche-Orient en voie d’explosion. Alors quelles solutions ? D’abord pour faciliter les discussions, en ne multipliant pas les interlocuteurs, l’Europe devrait reprendre la partie de la dette détenue par le FMI (32 Mds d’euros) pour faciliter les négociations globales. Ensuite, on devra restructurer la dette grecque mais aussi les dettes des autres pays afin d’éviter de faire de la Grèce un cas spécifique. L’idée déjà évoquée par certains économistes serait de mettre la partie des dettes supérieures à 60% du PIB dans un fonds commun, résorbé dans le temps ou/et annulé partiellement. N’oublions pas que la croissance européenne post années 50 s’est faite par l’annulation des dettes du passé de l’Allemagne et de la France.

En conclusion, après la baisse de ce lundi à l’ouverture des marchés, et avec l’hypothèse d’un accord à venir, c’est maintenant qu’il faut acheter le marché pour jouer un rebond estival qui pourrait être d’envergure.

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