Gamberge

Edito de LGA Investissement Associé du 2 Juin 2015

04/06/2015 - Publié par LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE dans Marché Allocations d'actifs

Gamberge

Après le repli correctif d’avril, le marché reste en proie à une gamberge tenace qui l’installe dans une forme de consolidation à plat. Gamberge à propos de la Grèce, de la Fed, des taux... C’est comme ça. C’est dans sa nature, au marché. Peut pas s’empêcher de gamberger.

 

Sur la Grèce, tout d’abord. Le feuilleton n’en finit plus d’agacer. Acculés,  les protagonistes sont mis face à leurs contradictions et devant leurs responsabilités. Alexis Tsipras paye aujourd’hui les conséquences d’une campagne électorale démagogique ayant consisté pour Syriza à faire croire à des électeurs désemparés, sur l’air du « demain on rase gratis », que la Grèce pouvait subitement, comme par enchantement, s’affranchir de manière radicale des règles élémentaires de la raison budgétaire. Les « Institutions », quant à elles, sont confrontées à un choix cornélien : soit, dans un souci louable de préservation de l’Union, elles cèdent à la Grèce qui, déjà, n’aurait jamais dû intégrer la zone euro, et qui n’a cessé depuis de bénéficier d’indulgences et de largesses auxquelles d’autres n’ont pas eu droit. Dans ce cas, les marchés peuvent abandonner l’idée que le pays retrouve un  jour une   trajectoire budgétaire acceptable. Adieu la convergence. La Grèce resterait alors, et pour longtemps, le talon d’Achille d’une zone euro dont l’équilibre précaire demeurera une source d’instabilité chronique ; soit le pool de créanciers refuse de céder et une inflexibilité persistante du côté du gouvernement Tsipras conduirait la Grèce au défaut et raviverait le spectre d’une sortie de la zone. Outre que ce serait dramatique pour le pays qui ne trouverait plus à l’international les financements dont il a besoin, un tabou serait alors levé : celui de l’irréversibilité de l’Euroland, construction politique basée sur l’adhésion et le volontarisme. Un précédent. Quel serait alors le prochain candidat à l’exit? Non, vraiment, les marchés financiers n’aimeraient pas ça du tout… Aussi, si, d’un point de vue strictement financier, on sait que le dossier grec ne revêt plus de dimension systémique, il n’en va pas de même d’un point de vue politique : le retentissement d’un « Grexit » serait bien plus dommageable qu’on ne le croit. D’où une nervosité plutôt compréhensible des marchés financiers qui restent d’autant plus sensibles à l’évolution de ce dossier après la poussée de la gauche radicale aux dernières élections espagnoles.

 

Deuxième sujet d’actualité : la Fed. Là encore, le décryptage se complexifie. A première vue, le fait que la Fed doive normaliser sa politique monétaire devrait en soi être une bonne nouvelle. Cela signifie que l’économie américaine est sur les rails et n’a plus besoin de béquilles. Sauf que la Fed est déjà en retard sur le cycle et qu’elle s’apprête à relever ses taux directeurs au moment même où les chiffres du PIB du premier trimestre affichent une contraction inattendue de l’activité (-0.7% en deuxième estimation). Voilà qui est malvenu alors qu’une semaine plus tôt Janet Yellen apportait une précision capitale sur le calendrier du resserrement, en confirmant l’année 2015 et non le début 2016 comme certains en avaient avancé l’idée. A force de « patience », la présidente de la Fed se serait-elle mise dans un corner ? A priori, non. Car, par-delà les chiffres de comptabilité nationale, dont on sait qu’ils intègrent des facteurs ponctuels adverses (conditions climatiques, grèves portuaires), les indicateurs avancés publiés depuis (et notamment le rebond marqué des mises en chantier et des dépenses de construction) suggèrent un rattrapage économique au cours des prochains mois. Mais c’est précisément là que réside aujourd’hui la difficulté de l’analyse. Comment désormais interpréter les chiffres qui vont être publiés ? Si les indicateurs économiques avancés se redressent sensiblement, cela constitue une excellente nouvelle pour la croissance et, partant, pour les résultats des entreprises. Oui mais voilà. Des statistiques « trop » favorables risquent d’inciter la Fed à accélérer la cadence de la normalisation monétaire. De quoi crisper des marchés d’actions dont on sait historiquement qu’ils n’apprécient guère ces périodes. Des statistiques économiques décevantes ? Les marchés risquent dans ce cas de se faire du mouron pour une croissance mondiale qui pâtirait forcément de l’apathie américaine. 

 

En attendant, on sait que le raffermissement du dollar a fini par peser sur le commerce extérieur. La chute des cours pétroliers a également provoqué un coup d’arrêt de l’investissement dans le secteur de l’énergie qui, en termes de contribution à la croissance, a pesé très négativement sur le PIB. Mais on s’attend à ce que, couplé au reflux continu du chômage, le regain de pouvoir d’achat qu’octroient aux ménages la hausse du dollar et la baisse du pétrole parvienne enfin à dynamiser la consommation. Celle-ci devrait continuer de rester le fer de lance de la croissance au cours des prochains mois. Au niveau microéconomique, si la progression des bénéfices des sociétés américaines devrait être moindre que ce qu’elle a pu être ces dernières années, du fait notamment de l’appréciation du dollar et de la charge salariale, les résultats attendus devraient demeurer de bonne facture.  Rien en tout cas qui puisse provoquer un retournement fondamental de tendance boursière.

 

Reste la problématique « taux » qui fera l’objet d’un traitement ultérieur dans ces colonnes et qui, davantage selon nous qu’un simple sujet de « gamberge », constitue, à plus d’un titre, la véritable source de déstabilisation pour ces prochaines années et un défi majeur pour l’ensemble des acteurs financiers. Le coup de semonce d’avril (la chute brutale des indices obligataires) n’est qu’un avant-goût de ce qui attend demain les investisseurs.

                          

Joseph Alfonsi 

L’édito du 2 JUIN 2015  

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
AQUILA GRANDE EUROPE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Actions Europe 1.66 M€ -1.92 % -9.51 %
LGA COVERAGE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Alternatif 'Long / short Equity neutral' 4.25 M€ 5.57 % 3.41 %

Articles similaires

HERMITAGE GESTION PRIVÉE : QUELLES PERSPE...

Quelles perspectives pour les marchés financiers dans un environnement de taux négatifs et deux mois après le Brexit ? Tout d’abord, nous...

31/08/2016 - Publié par HERMITAGE GESTION PRIVÉE

Allocations d'actifs / Commentaires de marché

UN BESOIN DE SE RASSURER EN ATTENDANT L'IN...

A la différence de l’année dernière, ce mois d’août n’aura pas été marqué par une baisse tant redoutée des marchés financiers. A deux jours de la...

29/08/2016 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS

Allocations d'actifs / Commentaires de marché