Nouveau ralentissement estival des prix du pétrole

19/08/2015 - Publié par Blog Beyond Bull and Bears Franklin Templeton

Nouveau ralentissement estival des prix du pétrole

Les cours pétroliers affichent une baisse estivale pour la deuxième année consécutive. Ce repli est moins marqué que l’an passé, mais l’instabilité des prix amène à se demander si la demande à long terme parviendra à absorber l’offre future, en particulier au regard des rumeurs concernant la commercialisation à venir du pétrole iranien au cas où une avancée politique entraînerait une levée des sanctions internationales. Fred Fromm, Vice-président et gérant de portefeuille au sein du Franklin Equity Group, revient sur le recul des cours pétroliers ces dernières semaines et sur la possibilité que ce ralentissement se poursuive. Il dévoile également plusieurs opportunités potentielles d’investissement dans le secteur de l’énergie, en proie à de graves difficultés.

 

 

Après avoir atteint leur plus bas niveau depuis six ans en mars 2015, les cours pétroliers ont donné l’impression d’avoir rebondi jusqu’à cet été, où sont réapparus des déséquilibres d’offre et de demande faisant chuter les prix du Brent et du WTI américain à moins de 50 USD le baril.[1]

 

La volatilité de ces dernières semaines est due à plusieurs facteurs. Les perspectives économiques affaiblies de pays émergents comme la Chine et le Brésil ont attisé la situation, de même que les craintes que la déroute du marché boursier chinois n’accentue le ralentissement de l’économie locale et de la demande en matières premières. D’autre part, plusieurs membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), notamment l’Arabie saoudite, ont augmenté leur production alors même que le marché était déjà en situation de suroffre à en croire de nombreux observateurs. Qui plus est, les investisseurs sont restés attentifs aux propos de la Réserve fédérale américaine, conscients qu’une hausse des taux d’intérêt du pays renforcerait probablement le dollar et pèserait ainsi de manière générale sur les prix des matières premières.


 

Pour couronner le tout, la conclusion attendue des négociations sur le nucléaire iranien et l’éventuelle levée des sanctions économiques contribueraient aussi à accroître l’offre de pétrole sur le marché. Les analystes du secteur pétrolier s’attendent à ce que le pétrole iranien revienne sur le marché depuis l’hiver dernier ; à cette époque, l’issue d’un accord avec l’Iran semblait probable, mais depuis, la conclusion apparente des négociations renforce la certitude que l’offre devrait encore augmenter. Quoi qu’il en soit, le calendrier et le volume de pétrole qui rejoindrait ainsi le marché sont toujours l’objet de débats houleux, et ce sont ces éléments qui détermineront si le retour des barils iraniens sera orchestré de manière ordonnée ou s’il perturbera les marchés internationaux.

 

Même si un accord est conclu, sa mise en œuvre complète n’interviendra probablement pas avant des mois et la possibilité que l’Iran augmente sa production et ses exportations de pétrole reste controversée. Quelle que soit l’issue, l’incertitude a jusqu’à présent suffi à inciter de nombreux investisseurs à rester sur la touche dans l’attente d’une résolution, et nous pensons que la performance des actions énergétiques ces dernières semaines était symptomatique de ce malaise. Dans tous les cas, il est peu probable que l’Iran augmente beaucoup sa production et ses exportations avant au moins début 2016.

 

Si l’Iran se met bel et bien à recommercialiser son pétrole, nous pensons que les marchés internationaux seront en mesure d’absorber cette offre supplémentaire. On peut en effet avancer que l’économie mondiale aura besoin de ces barils en plus, particulièrement si les niveaux actuels de croissance de la demande se maintiennent.

 

De plus, il se peut que nous n’ayons encore vu que le début des effets du pétrole moins cher, qui pourraient renforcer la demande à long terme. Néanmoins, les prix sont compressés par l’offre élevée au niveau mondial et la concurrence accrue entre les producteurs.

 

Même si la croissance annuelle de la Chine passe de 10 % en 2010 à 7 % attendus cette année, [2] nous pensons que la hausse de la consommation dans un contexte de ralentissement de la production finira par rééquilibrer le marché pétrolier et favoriser une remontée des prix. La production américaine a probablement atteint un pic et devrait, selon les estimations, baisser de manière séquentielle au cours des prochains mois. Il semble aussi que la production hors OPEP en dehors des États-Unis soit en train de baisser, ce qui devrait se poursuivre pendant un an ou deux. Parallèlement, de nombreux grands projets d’exploration et de développement ont été reportés ou annulés, ce qui influe sur la croissance de l’offre à long terme. En résumé, nous pensons que le marché est en train de s’ajuster comme on pouvait s’y attendre et corrige l’excès d’offre provoqué par l’accélération de la production des gisements de schiste américain depuis trois ou quatre ans. Même si les perspectives de reprise sont assombries par l’augmentation de l’offre de l’OPEP et la possibilité d’un ralentissement de la croissance de la demande, il semble que ces facteurs ne fassent que retarder le resserrement inéluctable des fondamentaux de l’offre et de la demande.

Explorer le marché à la recherche d’opportunités

Il faudra probablement du temps avant que les conditions du marché pétrolier reviennent à ce que l’on considère comme la normale, et dans ce contexte il se peut que les investisseurs perdent patience et liquident leurs positions dans le secteur énergétique. Ce faisant, ils contribueront certainement à la création d’opportunités d’investissement à long terme.

 

Quantité de facteurs peuvent influencer les marchés et les fondamentaux des entreprises, et c’est pourquoi il est difficile de prévoir des issues précises. Toutefois, un scénario de « prix plus bas pendant plus longtemps » serait lourd de conséquences, car il implique que l’extraction pourrait perdre tout intérêt économique dans les gisements où les coûts sont élevés. Nous avons donc choisi de privilégier les sociétés d’exploration et de production (E&P) de pétrole et de gaz naturel dont les coûts sont modérés, et qui seront en mesure, selon nous, de résister au ralentissement pour prospérer ensuite au moment de la reprise. Nous privilégions aussi les sociétés d’E&P par rapport aux fournisseurs d’équipements et de services pétroliers, pour lesquels la période d’ajustement pourrait durer plus longtemps, à savoir jusqu’à ce que les excédents de capacité soient absorbés et que la rentabilité s’améliore.

 

Un grand nombre de gros producteurs peuvent s’adapter à des prix plus bas parce qu’ils bénéficient d’un pouvoir de négociation plus fort vis-à-vis de leurs fournisseurs, ainsi que de portefeuilles de projets très vastes qui leur permettent de se concentrer uniquement sur les plus rentables. D’autre part, beaucoup de sociétés d’E&P américaines deviennent plus efficaces et sont maintenant en mesure de produire davantage à partir du même capital. Ce développement devrait porter ses fruits sur le long terme, car ces entreprises pourront alors enregistrer de meilleurs bénéfices quel que soit le niveau des prix. Certaines d’entre elles devraient même pouvoir rester compétitives dans un environnement de baisse des prix et dégager de bonnes performances relatives. Nous identifions aussi des opportunités parmi les compagnies pétrolières intégrées, qui sont les grands groupes actifs dans l’exploration, la production, le raffinage et la distribution de pétrole. La plupart de ces sociétés sont en train de réduire leurs coûts et leurs dépenses d’investissement pour s’adapter aux prix plus faibles, grâce à quoi elles devraient être en mesure de maintenir leurs dividendes actuels (dont les rendements sont parmi les plus élevés depuis plusieurs dizaines d’années). Souvent, elles adoptent une approche qui « prévoit le pire et espère le meilleur » à laquelle les investisseurs adhèrent de façon générale, et qui devrait aider ces sociétés à accroître leur rentabilité pendant cette phase de ralentissement, avant de prospérer à nouveau quand les marchés se redresseront.

Maintenir le cap

Tout en restant optimistes quant à certains segments du secteur énergétique, nous pensons que la nervosité des investisseurs ces dernières semaines est assez compréhensible. Mais rappelons-leur que le marché a déjà connu des phases similaires par le passé et qu’il s’en est toujours remis. Ainsi en 1998, au moment de l’explosion de la production de l’OPEP et au lendemain de la crise financière asiatique, la demande était déprimée ; les cours pétroliers étaient alors tombés à près de 11 dollars le baril[3] (niveau qu’aucun expert ne s’attendait à observer). Par conséquent le marché s’est lourdement replié, ce qui a finalement offert de très bonnes opportunités d’achat, selon nous.

 

De toute évidence, les temps sont durs et les performances passées ne peuvent préjuger des résultats possibles dans les conditions actuelles. Cependant, nous commençons à identifier des opportunités, et nous nous concentrons avec beaucoup d’attention sur les entreprises qui profiteront de la situation. Celles-ci sont chaque jour un peu plus nombreuses et nous cherchons à en bénéficier dès que nous le pouvons.

 

Dans un environnement d’incertitude et d’amélioration modeste des fondamentaux, nous continuons à privilégier des sociétés bien établies, bénéficiant de faibles coûts, dotées de bilans solides et présentant des perspectives de croissance que nous jugeons attrayantes à long terme. Même si de nombreuses entreprises devraient probablement voir leur croissance ralentir durant cette période de baisse des investissements et de rationalisation de l’offre, nous pensons que celles dans lesquelles nous investissons devraient montrer qu’elles sont bien positionnées pour relancer leurs dépenses et leur production au moment de la reprise.

 

 

Fred Fromm

Vice-président, analyste de recherche

Gérant de portefeuille

Franklin Equity Group

Les commentaires, les opinions et les analyses présentés dans ce document reflètent un point de vue personnel du gérant et sont fournis à titre d’information uniquement. Ils ne constituent pas des conseils d’investissement individuels, une recommandation à acheter, vendre ou détenir un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Ils ne constituent pas un conseil d’ordre juridique ou fiscal. Les informations contenues dans ce document sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis, et ne constituent pas une analyse complète des évènements survenant dans les divers pays, régions ou marchés. Les données de tierces parties peuvent avoir été utilisées dans la préparation de ce document et Franklin Templeton Investments (« FTI ») n’a pas vérifié, validé ni audité de manière indépendante ces données. FTI décline toute responsabilité quant aux éventuelles pertes résultant de l’utilisation de ces informations et la pertinence des commentaires, analyses et opinions présents dans cet article est laissée à la seule appréciation du lecteur. Les produits, les services et les informations peuvent ne pas être disponibles dans toutes les juridictions et sont proposés par des sociétés affiliées à FTI et/ou leurs distributeurs si les lois et réglementations locales l’autorisent. Veuillez consulter votre conseiller financier pour toute information supplémentaire sur la disponibilité des produits et services dans votre juridiction. Quels sont les risques ? Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Investir dans un portefeuille axé sur le secteur des ressources naturelles comporte des risques spécifiques, comme une sensibilité accrue à la dégradation des conditions économiques et aux changements règlementaires qui affectent le secteur. Les sociétés de petite taille peuvent être particulièrement vulnérables aux évolutions des conditions économiques et leurs perspectives de croissance sont moins certaines que leurs grandes homologues mieux établies. De plus, leur titre peut être volatil, en particulier à court terme. Le portefeuille est également susceptible d’investir dans des sociétés étrangères comportant des risques spécifiques, comme les fluctuations de change et les incertitudes politiques.

[1] Le West Texas Intermediate (WTI) est une catégorie de pétrole brut utilisée comme référence pour les prix du brut américain. Le Brent est considéré comme la référence des prix mondiaux du pétrole brut.

[2] Sources : Banque mondiale (2010) et Bureau national des statistiques chinoises (données de 2015 datées du 15 juillet 2015).

[3] Source : Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA)

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