la montée en puissance du renminbi : la devise chinoise va-t-elle devenir une monnaie de réserve mondiale ?

30/07/2015 - Publié par Blog de Mark Mobius Franklin Templeton

la montée en puissance du renminbi : la devise chinoise va-t-elle devenir une monnaie de réserve mondiale ?

Ces derniers mois, les autorités chinoises ont intensifié leur campagne – lancée depuis quelque années – en vue de faire intégrer sa devise (dont le nom officiel est le renminbi [RMB] mais qui est également désignée par le terme « yuan ») dans la composition des Droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international (FMI). Bien que les médias ne cessent d’évoquer les implications potentielles de l’obtention du statut de monnaie de réserve internationale (devise pouvant être utilisée par les banques centrales et d’autres grands établissements financiers pour rembourser leurs dettes), le sujet reste néanmoins obscur. Les DTS sont une quasi-devise synthétique composée d’un panier de devises parmi les plus négociées. Utilisées par le FMI à des fins comptables, ils servent aussi à l’allocation d’actifs des pays membres. En revanche, ils ne sont presque pas utilisés dans le cadre des *opérations et des financements privés*. Les devises composant le panier sont considérées par le FMI comme ayant les qualités nécessaires pour être des monnaies de réserve internationales. De fait, les devises entrant dans la composition du panier des DTS sont acceptées comme monnaies de réserve, alors que les autres devises doivent remplir plusieurs critères de pleine convertibilité pour obtenir le même statut. Le gouvernement chinois imposait encore récemment d’importantes restrictions sur l’utilisation du RMB. Il semblait en effet estimer que le contrôle conféré par une devise isolée des marchés sur les politiques domestiques (à la fois budgétaire et monétaire) était plus important que les avantages potentiels induits par une participation pleine et entière aux marchés financiers internationaux. Le gouvernement a toutefois changé son fusil d’épaule ces dernières années en mettant en œuvre des réformes favorables à l’économie de marché ainsi qu’une politique étrangère plus ouverte, notamment en encourageant l’utilisation du RMB. Les quatre devises ayant le statut de DTS (le dollar américain, l’euro, la livre sterling et le yen japonais) représentent la grande majorité des réserves de change internationales. En corollaire, ces devises dominent également les marchés obligataires internationaux et les transactions financière mondiales. Ces dernières années, le poids croissant dans le commerce mondial des marchés émergents, et notamment de la Chine, a entraîné une situation quelque peu anachronique concernant la composition des DTS. Le gouvernement chinois avait demandé l’inclusion du RMB dans les DTS dès 2010, lors de la dernière revue de la structure des DTS par le FMI ; mais cette demande avait alors été rejetée. Selon nous, la perspective d’une inclusion lors de la revue prévue en octobre 2015 est élevée. Les avantages potentiels pour la Chine Le statut de devise de réserve et l’internationalisation du RMB pourraient offrir plusieurs avantages potentiels à la Chine, notamment abaisser les coûts d’emprunt et faciliter l’expansion des entreprises chinoises à l’étranger. Cela permettrait de conclure des contrats transfrontaliers en RMB sur les principales matières premières comme le minerai de fer, et réduirait le risque de change lié à la cotation en dollar américain. Autre avantage, cela permettrait de redéployer une part importante des énormes réserves de change de la Chine vers des secteurs plus rentables. Cette dernière mesure pourrait théoriquement stimuler la croissance économique à la marge, à la fois en Chine et à l’échelle mondiale. Les autres pays dotés de devises de réserve possèdent des réserves bien plus faibles que la Chine comparativement à leur PIB ; les États-Unis peuvent actuellement se passer de réserves de change. D’autre part, des projets d’investissement à l’étranger comme les initiatives ambitieuses de la Chine baptisées « One belt, one road » et «  Nouvelle route de la soie » visant à mettre en place des infrastructures de trading avec ses voisins, combinées à des initiatives privées, pourraient constituer de nouvelles utilisations intéressantes des ressources, qui sont actuellement placées dans des dépôts en devises et en bons du Trésor. Pour qu’une devise soit intégrée dans les DTS, le FMI exige surtout qu’elle représente une part importante dans le commerce mondial, mais aussi qu’elle soit « librement utilisée », à savoir qu’elle soit « largement utilisée » et « largement négociée ». En 2010, le RMB était déjà largement utilisé dans le commerce mondial mais le FMI avait décidé qu’il ne respectait pas le critère « librement utilisé ». A l’époque, la devise chinoise n’était pas une devise internationalement convertible. Son taux de change face aux autres devises était étroitement contrôlé par les autorités, de sorte que de nombreux observateurs la jugeaient très sous-évaluée. Dans le même temps, le système bancaire local, peu moderne, était incapable d’offrir de nombreux instruments exigés par les entreprises internationales pour gérer leur exposition aux devises. Une autre version du RMB, appelée « RMB offshore » était accessible via quelques banques de Hong Kong, mais elle était difficile à négocier par rapport à d’autres devises, et sa valeur différait de celle du RMB onshore sur les marchés des changes. Beaucoup de choses ont évolué depuis 2010 et les changements se sont accélérés. Le nombre de centres offshore autorisant la négociation du RMB se sont multipliés, et dans la zone de libre-échange de Shanghai, les transactions sur devises peuvent désormais être exécutées entre des entreprises du continent et des entités offshore associées, avec seulement quelques restrictions. Parallèlement, la Banque Populaire de Chine (PBOC) a réformé le secteur bancaire du pays en libéralisant les taux d’intérêt et en instaurant un système d’assurance des dépôts, deux mesures essentielles en vue de créer un système véritablement capable de participer aux flux financiers internationaux. Point important, de nombreuses autorités, dont le FMI, jugent le RMB correctement valorisé. Le statut de réserve de change impliquerait l’abandon de l’ancrage actuel entre le RMB et le dollar. Une nouvelle connexion de marché favorable au RMB L’ouverture de la connexion entre les Bourses de Shanghai et Hong Kong (Stock Connect) au second semestre 2014 (système permettant aux investisseurs étrangers d’investir librement dans des actions A chinois éligibles auparavant réservées exclusivement aux citoyens chinois ou aux étrangers possédant des autorisations spéciales), a été considérée comme une initiative majeure en vue de l’internationalisation du RMB ; ce système permet effectivement aux investisseurs du continent d’acheter des actions sur les marchés internationaux de Hong Kong. L’impact initial a...

Mes Aventures dans les Pays Emergents - Articles de Mark Mobius
Mark Mobius, Ph.D., executive chairman of Templeton Emerging Markets Group, joined Templeton in 1987. Currently, he directs the Templeton research team based in 15 global emerging markets offices and manages emerging markets portfolios. As he spans the globe in search of investment opportunities, his “Investment Adventures in Emerging Markets” blog gives readers a taste for what he does, when, where, why and how. Dr. Mobius has written several books, including “Trading with China,” “The Investor’s Guide to Emerging Markets,” “Mobius on Emerging Markets,” “Passport to Profits,” “Equities—An Introduction to the Core Concepts,” “Mutual Funds—An Introduction to the Core Concepts,” ”The Little Book of Emerging Markets,” and “Mark Mobius: An Illustrated Biography."