Marchés émergents : tout repose sur les banques « centrales »

09/06/2015 - Publié par Blog de Mark Mobius Franklin Templeton

Marchés émergents : tout repose sur les banques « centrales »

Perspectives des marchés émergents

Sur les marchés mondiaux, le thème de l’année pourrait se résumer à : « Tout repose sur les banques [centrales] », car les divergences de politique monétaire ne cessent de tenir en haleine les investisseurs et accentuent la volatilité des marchés. Un autre thème pourrait se résumer par « Tout repose sur les barils [de pétrole] » car les observateurs des marchés s’interrogent sur l’impact potentiel d’un effondrement prolongé ou d’une remontée des prix pétroliers sur les différentes économies.

Malgré quelques contrastes d’un marché à l’autre, les pays émergents ont dans l’ensemble surperformé les marchés développés durant les quatre premiers mois de l’année (1) . Il semble en effet que la Réserve fédérale américaine (Fed) n’était pas pressée de relever les taux d’intérêt et l’impact de la baisse des cours pétroliers a été considérée comme globalement favorable aux économies émergentes les plus importantes (Chine et Inde). Le repli des prix du pétrole a également facilité les efforts de réforme dans certains pays émergents, notamment la suppression de subventions. D’après les anticipations du marché, la Fed devrait commencer à augmenter les taux d’intérêt plus tard cette année, mais la majorité des autres banques centrales maintiennent une politique accommodante, à l’image de la Banque populaire de Chine, la Banque du Japon et la Banque centrale européenne, via des programmes massifs d’assouplissement quantitatif (QE).

La relance de l’inflation et de la croissance économique en Europe via le QE est sans nul doute la grande préoccupation des investisseurs européens. Toutefois, de mon point de vue, les banques ne prêtent pas assez (comme vous pouvez le voir dans le graphique ci-dessous avec le ratio prêts/dépôts dans la zone euro), et les consommateurs ne dépensent pas assez. Selon moi, des sommes d’argent attendent d’être investies dans le monde, qui pourraient continuer à alimenter les marchés actions mondiaux—même si la Fed va commencer à relever les taux d’intérêt aux États-Unis.

Pas de précipitation pour relever les taux

Selon nous, de nombreux outils technologiques modernes que nous avons déjà adoptés (applications pour téléphones mobiles, sites d’e-commerce, etc.) ont intensifié la concurrence et les pressions sur les prix, contenant l’inflation dans beaucoup de secteurs de l’économie. Il est difficile pour une banque centrale (par exemple la Fed) de justifier une hausse des taux d’intérêt lorsque l’économie n’est pas en surchauffe et sans signe d’inflation. Je ne peux pas prédire quand la Fed commencera à relever les taux, mais il semble qu’elle ne soit pas pressée d’agir de manière offensive et qu’elle le fera probablement de manière progressive et mesurée. En l’absence de menace inflationniste majeure, je ne pense pas que la Fed voudra un dollar trop fort, car il pourrait peser sur les entreprises exportatrices, une tendance que nous avons déjà observée durant la dernière saison des résultats des entreprises américaines. Néanmoins, les marchés vont probablement réagir lorsque la Fed interviendra, c’est pourquoi nous restons prudents et prévoyons de la volatilité dans les mois à venir.

En ce début de deuxième trimestre 2015, l’environnement mondial complexe semble globalement favorable aux marchés émergents. Les marchés développés offrent un contraste entre d’une part, les tendances de croissance solide observées aux États-Unis et d’autre part, les efforts actuellement déployés en Europe et au Japon pour relancer des économies en berne par le biais de mesures massives d’assouplissement quantitatives et de dépréciations des devises.

Facteurs favorables aux marchés émergents

Sur les marchés émergents, la croissance économique toujours solide, les vastes mesures de réforme et les bienfaits de la baisse des cours pétroliers constituent tous des catalyseurs des marchés actions, en plus de l’impact positif sur le plan démographique, des transferts de technologie et de manière générale, des faibles niveaux d’endettement. Selon nous, les politiques menées dans la plupart des pays d’Asie semblent très favorables à la croissance économique.

En effet, les autorités chinoises poursuivent la mise en œuvre de leur vaste programme de réforme dévoilé fin 2013. De son côté, le Premier ministre indien Narendra Modi a amorcé la mise en place de réformes ambitieuses en ligne avec ses promesses électorales. Des changements structurels positifs sont en cours sur de nombreux autres marchés de la région, tandis que des initiatives de libre-échange, notamment la communauté économique de l’ASEAN et le partenariat transpacifique, pourraient donner un nouveau souffle à la croissance.

En Amérique latine, la situation actuellement épineuse du Brésil pourrait semer les graines de la reprise puisque la dévaluation du réal va doper la compétitivité, tandis que les mesures destinées à endiguer la corruption pourraient se traduire à terme par une meilleure gouvernance économique et d’entreprise. Les mesures de réforme au Mexique et ailleurs pourraient également commencer à soutenir la performance boursière. Pour leur part, les marchés émergents d’Europe centrale et la Turquie pourraient bénéficier d’une reprise économique en zone euro, ce qui contribuerait également à apaiser les pressions économiques subies par la Grèce. Par ailleurs, en cas d’apaisement des tensions entourant l’Ukraine, les investisseurs pourront s’intéresser aux actifs attrayants et aux faibles valorisations du marché russe.

Les pays émergents et frontières figurent parmi les économies les plus dynamiques du monde avec des taux de croissance très soutenus.
Même si l’on a évoqué une baisse des réserves de change, je pense qu’elles demeurent à un niveau satisfaisant. Les notes de crédit s’améliorent également, les relèvements ayant davantage concerné les pays émergents que développés (2).

De plus, pour les investisseurs, l’environnement de taux d’intérêt est attractif dans les pays émergents, dont beaucoup profitent de la baisse des prix de l’énergie pour réformer leur économie, notamment en supprimant des subventions, comme mentionné précédemment. Bien évidemment, l’impact de la baisse des prix pétroliers va peser sur certaines économies et en soutenir d’autres, puisque certains pays sont importateurs nets et d’autres exportateurs nets de pétrole. Au regard de la demande mondiale de pétrole, le prix du baril e devrait pas rester bas très longtemps.

Trouver des « poches de valeur » dans les pays émergents

Alors que la volatilité peut être une source d’inquiétude pour de nombreux investisseurs, nous la considérons comme une opportunité de sélectionner des actions de sociétés de bonne qualité à des prix attractifs. Selon nous, les actions de nombreux marchés émergents sont aujourd’hui sous-évaluées (sur la base de leur PER et de leur ratio cours/valeur comptable(3) ) et il reste des liquidités en circulation du fait de l’accroissement des bilans de plusieurs banques centrales dans le monde.

De plus, les introductions en Bourse et les transactions du marché secondaire sont solides sur les marchés émergents, élargissant le champ des opportunités potentielles ; en effet, ces 10 dernières années, plus de 30 % des introductions en Bourse dans le monde ont eu lieu dans les marchés émergents (4).

Nous pensons aussi que le développement de la technologie dans les pays émergents devrait favoriser de nouvelles opportunités d’investissement. Un nombre croissant de personnes, y compris dans les économies émergentes, délaissent les ordinateurs portables au profit des smartphones, et ces produits génèrent des ventes considérables dans ces pays, notamment en Chine et en Inde.

Bien évidemment, il y aura toujours des difficultés. Et parfois, il est un peu difficile de tenir durant les périodes d’incertitudes. Comme l’a dit un jour Sir John Templeton : « Réussir ses investissements n’est pas un travail facile. Cela demande de l’ouverture d’esprit, une analyse permanente et un jugement critique. »