Faut-il revenir sur les actions américaines ?

14/09/2015 - Publié par Jérôme BOUMENGEL dans Marché Autre

Faut-il revenir sur les actions américaines ?

Dans notre dernière analyse du marché américain, en date du 6 juin 2015 (www.tendance.com/perspectives-des-marches-financiers-americains.htm), nous annoncions très clairement un scénario de retour de l’indice SP500 à 1880 points.

Notre scénario s’est parfaitement déroulé puisque l’indice américain est retombé à 1867 points le 24 août dernier. Après cette baisse de 10%, est-il opportun de revenir sur les actions, ou bien cette chute n’est-elle que le début d'un bear market ?

Pour répondre à cette question, nous reprendrons la même démarche que dans notre dernière analyse : une approche graphique basée sur une parfaite intégration de l’analyse économique et financière avec l’analyse comportementale des marchés financiers, afin de corriger toutes les insuffisances de l’une par l’autre.

Concernant la valorisation économique des actions américaines, il n’y a rien de changer. Le rapport de la capitalisation boursière du marché américain sur le PIB nominal se situe toujours à un niveau extrême de l’ordre de 127%. D’un point de vue économique, il est donc toujours légitime de considérer la valorisation des actions américaines comme excessive.

 

1)      Du coté de l’économie réelle :

Le tableau général de la conjoncture économique américaine reste mitigé, et nous avons le même cas de figure qu’au mois de mai. Hormis la consommation des ménages et les mises en chantier, les autres composantes de la demande globale continuent d’afficher des taux de croissance en glissement annuel négatifs ; c’est le cas de l’investissement des entreprises (-3,3%) et des exportations (-4,3%).

Concernant le sentiment des ménages et des entreprises, la situation s’est dégradée. La confiance des consommateurs américains est à son plus bas niveau de l’année, avec un indice du Michigan qui est tombé à 87,5 points au mois d’août. Quant à la confiance des entreprises, l’ISM manufacturier est également à son plus bas niveau de l’année (51,1 en août).

 

2)      Du coté des bénéfices des sociétés :

A partir de notre échantillon constitué des 30 valeurs du Dow Jones, le calcul du consensus Facset montre que le BNA moyen pour l’exercice 2015 a continué de baisser ; il se situait fin août à 5,50$, contre une prévision de 5,56$ fin mai. Même tendance à la baisse pour l’exercice 2016 dont le BNA moyen est revenu à 5,96$ contre 6,05$.

Il n’est donc pas surprenant que le taux de croissance du BNA à 12 mois de l’indice Dow Jones continue de baisser. Ce taux de croissance, que nous calculons chaque semaine, est retombé à +1% en fin de semaine dernière, après un plus haut de 4,3% au mois de mai.

La dynamique demeure baissière, et il n’est pas exclu que le rythme de croissance des bénéfices des sociétés de notre échantillon entre en zone négative.

 

3)      Du coté des taux d’intérêt :

Avec la chute estivale des actions, les obligations d’Etat ont retrouvé leur rôle de valeur refuge, ce qui a permis au taux d’intérêt de se détendre et de revenir à 2,2% contre 2,5% fin mai. Toutefois, si notre anticipation d’une remontée des taux en direction des 2,95% ne s’est pas réalisée, les conditions techniques demeurent encore favorables à ce scénario.

Sur le contrat à terme sur le TNote 10 ans, on peut en effet remarquer que la dernière vague de hausse s’accompagne d’une baisse de la pression acheteuse. Or cette configuration technique est typique des fins de bull market ! Nous envisageons toujours une réaction baissière, avec un potentiel à 117 points, ce qui correspondrait à une remontée des rendements à 2,95%.

 

4)      Du coté du risque :

L’aversion au risque pour les actions américaines a continué de progresser. La prime de risque sur l’indice Dow Jones a atteint un plus haut annuel à +6,9%, contre +6,3% au mois de mai.

Le constat est identique pour le spread entre le rendement des corporate (BAA) et celui des 10Y TNotes. Celui-ci a continué de s’écarter pour remonter à 3,15% contre 2,75% fin mai. Autrement dit, le prix des emprunts d’Etat surperforme toujours celui des obligations corporate : le phénomène de fuite vers la qualité se poursuit, témoignant d’un sentiment toujours négatif des investisseurs sur les perspectives de l’économie américaine.

Le ratio de risque du SP500  n’est pas en reste non plus. Le mouvement de baisse s’est poursuivi et le ratio est devenu négatif. Autrement dit, acheter des actions américaines, dans une optique à moyen terme, n’est toujours pas rationnelle du point de vue du couple rentabilité/risque.



5)      Du coté des facteurs techniques :

Comme anticipé, le SP500 est sorti par le bas de son biseau ascendant, retombant lourdement sur le support des 1880 points. On pourra noter qu’au passage, la moyenne mobile à 100 semaines a été franchie à la baisse, ce qui n’était pas survenu depuis août 2011.

L’orientation baissière de l’OBVGRAM indique que le marché est dorénavant soumis à une pression vendeuse. Dans la  mesure où il s’agit d’un indicateur avancé de l’évolution des prix, la logique chartiste suggère que la golden cross réalisée sur l’OBVGRAM se traduise bientôt au niveau des prix.

Ce scénario permettrait d’envisager la rupture du support des 1880 points, avec un nouvel objectif à 1680 points, soit un nouveau potentiel de baisse de 10%.



Dans une optique à moyen terme (6 mois), nous conseillons de rester à l’écart des actions américaines  et d’alléger fortement les emprunts d’Etat à long terme ainsi que les obligations corporate.

 

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