Faut-il laisser jouer aux allumettes près des puits de pétrole ?

09/09/2013 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Actions

Faut-il laisser jouer aux allumettes près des puits de pétrole ?

 

Etrange semaine que nous venons de connaître pour les marchés financiers avec un retour certain de la volatilité et une nette influence de l’agenda international. Le début de semaine a plutôt mal commencé avec l’imminence d’une attaque américaine sur la Syrie. Les rumeurs lundi matin de lancement de missiles en Méditerranée ont fait chuter les marchés, un démenti les a très vite fait remonter, ce qui atteste d’une grande nervosité toujours synonyme de risques. Ensuite, le vote négatif de la Grande-Bretagne, la décision d’Obama de passer par un vote du congrès et l’isolement français ont quelque peu éloigné ce risque d’où le retour des marchés à des niveaux relativement élevés en fin de semaine. Notre sentiment reste néanmoins assez mitigé, d’une part parce que nous sommes persuadés qu’il y aura frappe dans les prochains jours et que ceci aura un impact négatif pour les marchés. D’un autre côté, la situation européenne n’est pas aussi simple et certains pays ont besoin de nouvelles aides. Enfin l’économie américaine montre des signes d’amélioration mais le taux de chômage se réduit trop faiblement. Ceci va rendre encore un peu plus difficile les prochaines décisions de la Fed.

 

Syrie : on sort les allumettes avec moins d’acteurs

 

L’image donnée par les puissances occidentales au cours du dernier sommet du G20 ne sort pas grandie. Ce G20 n’aura pas apporté grand-chose, ni sur la Syrie, ni sur l’économie internationale. En fait chaque pays raisonne au vu de ses intérêts propres et ne cherche pas à s’accorder sur une vision globale des problèmes. Manque de stratégie commune, manque de moyens, jeux dangereux des puissances comme la Russie et la Chine, tout ceci ne peut que rassurer les dictatures en place. Si on a du mal à répondre collectivement à un petit problème syrien, comment peut-on espérer un jour résoudre un autre cas difficile, celui de l’Iran ? Bref, certaines questions posées sur cette opération militaire sont légitimes, d’autres non. Il est dommage que l’on ne réfléchisse pas sur l’après. C’est le véritable enjeu sur lequel on pourrait créer un consensus avec en objectif prioritaire le fait que la Syrie ne tombe pas dans un islamisme même modéré soutenu par le Quatar. Pour les marchés, les probables frappes du milieu de la semaine devraient évidemment peser.

 

Un contexte européen difficile !

 

Si le pire a été évité, la zone reste toujours en convalescence puisque la croissance est encore modérée. Les pays placés sous perfusion financière connaissent des taux de chômage très élevés et des difficultés politiques et sociales. L’Italie va certainement ouvrir une nouvelle crise politique avec l’exclusion annoncée de Berlusconi de la scène politique italienne, entraînant la chute du gouvernement actuel faute d’alliance. La liste des problèmes à venir mérite aussi une certaine attention. L’Irlande demande 10 Md€ « de précaution », sorte de filet de sécurité pour gérer la sortie du programme d’aide fin 2013. La Grèce n’est toujours pas sortie d’affaire, après 240 Md€ engagés depuis 2010, l’Europe devra probablement effectuer une aide complémentaire, on parle de 10 Md€. Il faudra attendre les résultats des élections allemandes pour que ce sujet soit traité de façon sereine. Le Portugal devrait aussi faire appel à un plan d’aide pour poursuivre les mesures inscrites dans son plan de rigueur. L’Espagne entend mettre fin au programme d’aide aux banques et redevenir pratiquement solvable vis-à-vis des autorités européennes. Chypre continue à mettre beaucoup de temps à restructurer son secteur bancaire et attend le versement de la deuxième tranche du plan d’aide de 10 Md€, mais le gouvernement prend un sérieux retard dans la restructuration du secteur bancaire. Enfin les prochaines difficultés devraient venir de la Slovénie, prochaine candidate au plan de sauvetage, on a appris vendredi la faillite de deux petites banques privées. En conclusion, l’Europe va mieux mais on est encore loin d’être revenu à la situation d’avant 2010. Tout dépendra au final de la dynamique de croissance que saura produire la zone fin 2013 et 2014, le récent ralentissement annoncé par la BCE pour 2014 ne devrait pas être de nature à rassurer pleinement les investisseurs.

 

Une situation mitigée pour l’économie américaine

 

Après toute une série de bons chiffres publiés par l’économie américaine au cours de l’été, les chiffres de l’emploi de vendredi dernier ont donné un sentiment un peu plus mitigé. En effet, le chômage continue de reculer, son taux a baissé de 0,1 point à 7,3%, mais les créations de postes ont été moins nombreuses qu’anticipé. La croissance repart, +2,5% au deuxième trimestre, les chiffres immobiliers sont en amélioration tout comme la confiance du consommateur, mais en dépit d’un début de réindustrialisation, l’économie ne parvient pas à recréer des emplois en nombre suffisant malgré une amélioration des marges des entreprises. Aussi, et on l’a constaté ce vendredi avec une forte volatilité des cours, les investisseurs ont du mal à anticiper les conclusions de la Fed. Les avis risquent ainsi à nouveau de diverger entre les membres sur le timing de l’arrêt des achats d’actifs et on peut s’attendre à une perturbation des marchés liée à cette faible visibilité.

 

Finalement, c’est le Japon qui confirme le bien-fondé de sa nouvelle politique. Ce pays vient de réviser à la hausse ses chiffres de croissance du PIB sur le deuxième trimestre, +0,9% vs +0,6% avec une progression plus importante de la demande publique, première pierre des « Abenomics ». Ce premier succès devrait ainsi voir revenir les investisseurs dans ce pays.

 

En conclusion, la rationalité milite pour une certaine prudence à venir sur les marchés puisque les incertitudes politiques et économiques restent très élevées dans un contexte de marché boursier redevenu nous semble-t-il assez cher en regard des perspectives de croissance.

 

Jean-Noël Vieille
Directeur de la gestion

Lettre hebdomadaire Hixance n° 65, lundi 9 septembre 2013

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