ÉLECTIONS EN TURQUIE : RESULTATS ENCOURAGEANTS, MAIS LES DEFIS RESTENT GRANDS

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12/06/2015 - Publié par PETERCAM (LUXEMBOURG) SA dans Marché Actions

ÉLECTIONS EN TURQUIE : RESULTATS ENCOURAGEANTS, MAIS LES DEFIS RESTENT GRANDS

Les élections législatives organisées dimanche dernier en Turquie ont, à juste titre, été suivies très attentivement. Même si environ 40% de l'électorat turc votent toujours pour l'AKP (parti de la justice et du développement), celui-ci ne dispose plus désormais de la majorité absolue au Parlement. Les principales raisons de ce revers sont la situation économique décevante du pays, le style autoritaire du Président et, bien sûr, la progression du parti démocratique des peuples (HDP), parti de gauche pro-kurde. Bien qu'encourageante à différents titres, cette nouvelle réalité politique ne résoudra pas pour autant en un clin d'œil les problèmes de l'économie turque.

La conséquence directe la plus importante de ces élections est que l'AKP du Président Recep Tayyip Erdogan n'est désormais plus en mesure de former un gouvernement seul et d'organiser un référendum pour une nouvelle constitution qui attribuerait (encore) plus de pouvoirs au Président. Ces dernières années ont été marquées par plusieurs évolutions inquiétantes à cet égard, dont un renforcement du contrôle des médias, un net recul de l'indépendance de la justice (voir graphique) et une pression directe sur la Banque centrale turque pour assouplir la politique monétaire. Aujourd'hui, il est encourageant de voir que de plus en plus d'électeurs turcs considèrent ces évolutions comme problématiques.
 
L'affaiblissement de l'économie est sans conteste aussi une des explications de la perte de popularité de l'AKP. Même si l'économie turque n'est certes pas passée totalement à l'arrêt, la croissance de 1.3% observée ces douze derniers mois contraste furieusement avec les chiffres observés les années précédentes et après la crise de 2008-2009, lorsque la croissance fluctuait encore autour de 6%. Aujourd'hui, les indicateurs avancés continuent à dépeindre un tableau assez sombre (voir graphique). Dans le même temps, l'inflation supérieure à l'objectif, le large déficit en compte courant (env. 6% du PIB) et la rapide croissance des crédits privés ces dernières années réduisent sensiblement la probabilité d'un assouplissement de la politique monétaire, surtout au moment où la Fed se rapproche de plus en plus d'un premier relèvement de ses taux.
 
L'actuelle incertitude politique représente un autre risque pour l'économie turque. Personne ne sait ainsi exactement ce qui va se passer sur le front politique, même si le scénario le plus probable est celui d'une coalition entre l'AKP et le MHP, parti d'action nationaliste. Et il y a de fortes chances pour que les négociations entre les deux partis durent un certain temps. L'AKP a aujourd'hui 45 jours pour former un nouveau gouvernement. Autrement, de nouvelles élections devront être organisées, ce qui ne ferait qu'accentuer l'incertitude économique et politique.
 
Cela étant dit, la principale leçon à tirer des élections législatives de dimanche est que les électeurs turcs ont rejeté l'idée d'un État plus autoritaire. Reste maintenant à voir si le nouveau gouvernement sera capable d'encore renforcer les institutions du pays. Les défis dans ce domaine restent grands, mais un succès est impératif pour améliorer les perspectives économiques à long terme de la Turquie.
 

   

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