Elections en Grèce : la Syriza sur notre gâteau

Le billet de Marc Gilson

27/01/2015 - Publié par Marc GILSON dans Marché Actions

Elections en Grèce : la Syriza sur notre gâteau

Bien malin est celui qui peut dire ce qui va se passer en Grèce et plus généralement dans la zone euro depuis l’arrivée au pouvoir d’un parti de gauche « pure » au pays qui a inventé la démocratie. C’est déjà en soi tout un symbole. Contrairement aux propos elliptiques que tiennent certains médias, nous ne pensons pas que la Grèce va, du jour au lendemain, décider de ne pas payer ses dettes. En termes financiers cela s’appelle faire défaut, dans notre langage de tous les jours on pourrait dire faire aveu de faillite pour cessation de paiement. Et ça, il est peu probable que nous le connaissions dans l’immédiat. Les conséquences seraient un vrai charivari des marchés financiers et de gros ennuis pour l’euro et pour tous les Etats qui détiennent aujourd’hui la dette de leur ‘allié’ ou qui se sont engagés à la garantir auprès des institutions financières privées.

 

Dans des Billets déjà anciens, nous avons expliqué que les taux élevés demandés à cet Etat (le membre de la famille dont on aimerait ignorer l’existence mais qui est là tout de même et dont il va bien falloir s’occuper des frasques) allaient profiter aux banques, notamment allemandes, qui recevraient un rendement très intéressant tout en bénéficiant de la garantie de leur propre Etat. C’est ce qui s’apparente à un « bénéfice sans cause », un gain non justifié par un risque proportionnel. Il aurait été plus juste, et il va le devenir pensons-nous, que la dette grecque soit rémunérée au même taux que celui des Etats qui l’ont contre-garantie. Par exemple, de nos jours, l’Allemagne peut emprunter à long terme à un taux de 0,40% ! (contre plus de 9% pour les Grecs). Dans la négociation qui va forcément s’engager, les Grecs vont sûrement demander à ramener leur taux d’intérêt à zéro : comme ils sont en surplus primaire dans leur budget et que cela les y amènerait encore plus facilement, il y a donc une vraie possibilité de diminuer ainsi leur dette (utiliser leurs revenus excédant les dépenses pour rembourser du capital au lieu de payer des intérêts intenables qu’il faut... emprunter à long terme, un comble !).

 

Les pays de l’euro-zone ont fait l’autruche depuis 2008, il va falloir sortir la tête du sable, enfin. On compare toujours le montant de la dette souveraine au PIB, soit 175% pour les Hellènes. Mais on oublie systématiquement de dire que ce PIB est en chute libre depuis 7 ans notamment en raison des mesures d’économie drastiques imposées par le FMI et la Commission Européenne. C’est ainsi que le rapport dette/PIB se dégrade naturellement.

 

Le pari du nouveau gouvernement grec est de créer un cercle vertueux : redonner des revenus aux citoyens pour qu’ils relancent ainsi la machine économique. Ce qui va augmenter le PIB et les recettes fiscales, qui permettront de générer ce surplus budgétaire qui, lui-même, fera baisser la dette sans devoir passer par la case défaut. C’est si simple, voire simpliste, qu’on a envie que ça marche ! Du côté des prêteurs, dans une période d’inflation quasi nulle, il vaut mieux être certain de récupérer son capital et renoncer aux intérêts plutôt que d’exiger la poursuite du statu quo. Ce qui est intéressant et qui pèsera dur l’ambiance des futures négociations avec Syriza, c’est que la Chancelière Merkel n’a plus la pression électorale et que la BCE s’est affranchie des dogmes de la Bundesbank en mettant en place son Assouplissement Quantitatif. Souhaitons bonne chance aux Grecs : après tout, quand ils iront mieux, nous irons mieux aussi.

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