Doit-on craindre l'évolution des taux ?

Par Jean-Noël Vieille - lettre hebdomadaire n°222

14/02/2017 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Actions

Doit-on craindre l'évolution des taux ?

La semaine dernière a été marquée par une évolution forte et divergente du marché des taux avec une nouvelle prise en compte du risque politique en Europe. Nous avons assisté en début de semaine à une forte baisse du rendement allemand à 10 ans (fly to quality et recherche d’une valeur refuge sur les taux allemands). La deuxième partie de la semaine a vu un retournement de tendance, les spreads par rapport au Bund se sont détendus, en particulier pour le taux français, les investisseurs ayant intégré la faible probabilité d'une victoire du Front National au deuxième tour de l'élection présidentielle française et l'adjudication réussie du Portugal a aussi rassuré.

Aux Etats-Unis, les statistiques hebdomadaires du chômage et les déclarations de Donald Trump sur des annonces fiscales à venir ont alimenté un retournement haussier des taux en fin de semaine. Ces mouvements sur les taux ont permis aux marchés financiers actions de continuer leur progression même modeste, portés par de très bonnes publications de résultats des entreprises.

Les indices boursiers ont connu des mouvements haussiers modérés surtout en Europe : -0,07% pour l’Eurostoxx50, +0,06% pour le CAC40 et +0,13% pour le DAX. Le DJ affiche une hausse de +0,99% et le Nasdaq a progressé de +1,19%. Le NIKKEI poursuit lui aussi sa forte remontée à +2,44%, stimulé par les bons chiffres économiques du Japon.

 

Retour de la question des dettes souveraines en Europe

Le débat sur la question des dettes européennes et du risque attaché refait surface. D’un côté, la baisse des taux enregistrée entre 2013 et 2016 a amélioré les finances publiques en zone euro. Les rachats de dettes lancés en mars 2015 par la Banque Centrale Européenne ont amélioré la situation des Etats les plus fragiles. Depuis quelques semaines, les taux d'intérêt français, italiens ou espagnols remontent, d’abord à cause de la hausse des taux américains, puis pour des raisons politiques et la question de la stabilité de la zone euro revient d’actualité. Les marchés commencent aussi à intégrer le fait que les rachats de dettes de la BCE vont progressivement s’estomper en passant de 80 à 60 Md€ mensuels dès le mois d’avril pour se terminer en 2018. Cela devrait entraîner la poursuite de la hausse des taux. Si l’amélioration de la croissance est au rendez-vous, cela n’aura pour les marchés qu’un impact limité. Néanmoins, l’équation pourrait être plus difficile pour les pays en difficultés économiques comme l’Italie, la Grèce, le Portugal voire même la France. Considérant les positionnements des différents pays, on retrouvera au premier plan, la ligne dure, allemande et hollandaise, qui accepte l’idée que des pays puissent faire faillite sans savoir ce qu’il adviendra pour eux et sans connaitre l’impact pour les autres pays créanciers. L’autre doctrine, en vogue dans les pays du Sud, plaide pour une vision plus fédérale avec la mise en place de solidarité entre les Etats à l’image de ce qui se fait aux Etats-Unis avec le lancement d’euro-obligations. On peut aussi imaginer la création d’un fonds européen qui reprendrait à sa charge une partie de la dette des pays les plus fragiles.

Ainsi, vendredi soir, les taux souverains italiens à 10 ans étaient en hausse de +9 pb à 2,25%, alors que le taux allemand ne progressait que de 1 pb à 0,31%. La situation italienne reste très difficile pour des raisons économiques et politiques (peu de réformes structurelles possibles sans un gouvernement fort), avec un risque de dégradation de la note italienne par les agences. Cela explique aussi la fragilité du secteur bancaire et la dégradation récente de ce secteur en bourse.

Les taux français ont aussi progressé (OAT : +6 pb à 1,04%). Le risque d'une dégradation est plus faible qu’en Italie car la croissance reste élevée avec de bonnes statistiques économiques. L'emploi est mieux orienté et  la production industrielle progresse (+1,3% en glissement annuel).

 

Les pays de l’Opep ont atteint leurs objectifs

Le pétrole a fortement augmenté en fin de semaine (+1,6% et 56,5 $ le baril). L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a publié un rapport confirmant que l'OPEP a respecté 92% de sa cible de réduction de la production dès janvier. La production pétrolière mondiale s'est tassée d'environ 1,5 million de barils par jour en janvier, dont un million du seul fait de l'Opep. Ce bon résultat tient à la position prise par certains pays comme l'Arabie Saoudite, le Qatar et l'Angola, qui dépassent leurs objectifs de réduction. Toutefois, la production de pays hors quotas (Libye) et de pays hors OPEP (Etats-Unis) continue de contrebalancer ces efforts, limitant ainsi la baisse de la production globale et donc la hausse du cours du baril. Les capacités de production ne cessent de s'accroître aux Etats-Unis. Selon les données de Baker Hughes publiées vendredi, huit puits ont été rouverts aux Etats-Unis dans la semaine du 10 février, ce qui porte le total à 591, son plus haut niveau depuis octobre 2015. Il faudra donc une forte accélération de la demande mondiale pour que le baril de brent dépasse significativement et durablement le seuil de 60 $.

 

Des publications de résultats toujours positives

Sur le MSCI Eurozone, on constate que le total des révisions en hausse sur les révisions en baisse s’est inversé pour passer à 1.4, signifiant 140 révisions à la hausse pour 100 révisions à la baisse. Aux Etats-Unis, le nombre de révisions à la baisse dépasse celui à la hausse : deux secteurs importants en profits, l’énergie et les financières, sont revus à la hausse alors que les autres secteurs sont orientés à la baisse. Si le consensus des résultats se maintient en Eurozone, la hausse des profits devrait atteindre +14.7% en 2017. C’est donc une année de recovery qui vient après des années de stagnation des profits. Aux Etats-Unis, la hausse des profits atteindrait +11% en 2017, avec une possible accélération des résultats dès le premier trimestre 2017. Ces objectifs, qui devraient être réalisés, constituraient alors un effet très positif pour les marchés, tirés par l’amélioration des profits bancaires et des compagnies pétrolières.

 

Les zones actuelles d’achat se confirment

Nous allons continuer en Europe à assister aux publications des résultats des entreprises. Les premières publications ont eu tendance à rassurer les marchés financiers. Même si la conjoncture française reste faible, les groupes continuent à bénéficier de l’amélioration de la conjoncture internationale. Notre analyse stratégique des marchés valide toujours une accélération des marchés actions au cours de ce premier semestre. En effet, après ce premier semestre, la hausse attendue des taux pourrait contrarier la tendance haussière des marchés surtout si la croissance reste relativement atone en Europe. Enfin, les performances actuelles démontrent qu’il ne faut pas sous-estimer la performance des marchés américains qui devraient eux aussi bénéficier d’une accélération de la croissance bénéficiaire.

Par Jean-Noël Vieille - le 14 février 2017

 

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