Divergences

Lettre adressée dans un contexte de marché particulièrement nerveux et incertain - par Christophe Brulé -

29/12/2015 - Publié par ENTHECA FINANCE dans Marché Allocations d'actifs

Divergences

Notre dernière lettre de l’année 2015 vous est adressée dans un contexte de marché particulièrement nerveux et incertain. Les divergences sont multiples et sources de volatilité. Après un mois de novembre en hausse modérée, et bien que l’année ne soit pas encore terminée, le mois de décembre s’annonce en fort recul, reperdant en partie ce qui avait été gagné en octobre. Les incertitudes sur la croissance mondiale sont l’occasion de prises de profit sur les actifs risqués.

 

Divergence des politiques monétaires entre les Banques centrales européenne et japonaise, et la Banque centrale américaine:

D’un côté, la Banque Centrale Européenne a annoncé le 3 décembre, une nouvelle série de mesures pour donner des stimulii à la croissance et à l’inflation. Les indicateurs économiques sont encourageants et l’amélioration commence à se faire ressentir dans les pays européens (moins en France) ; En zone Euro, la croissance bien que modérée reste présente et poursuit son amélioration; elle devrait être de +1,5% sur l’ensemble de l’année 2015. Les indicateurs avancés sont bien orientés et en hausse par rapport aux attentes, le chômage diminue au sein de l’Union. Parmi les pays européens, l’Allemagne enregistre une production industrielle en hausse de +0,8% et des indices de confiance positifs ; l’activité confirme son redressement en Italie et l’Espagne s’orienterait vers une croissance trimestrielle de +0,6%. L’action de la BCE agit positivement sur l’économie mais il faut encore un peu de temps, en particulier pour neutraliser les effets déflationnistes en cours.

Au Japon, la Banque du Japon (BOJ) a maintenu le même biais accommodant, contribuant au redressement progressif (PIB annuel glissant de +1,60% en novembre 2015). Pour autant, l’inflation reste également anormalement faible et justifie le maintien des taux d’intérêt bas.

A l’inverse, le 16 décembre dernier, la FED américaine a commencé à relever les taux directeurs de 25 bp, après 8 ans de politique monétaire à des taux proches de zéro. Avec une économie qui a priori se comporte bien, un marché du travail qui s’améliore considérablement et la confiance de voir l’inflation progresser (par une hausse des salaires que l’on commence à constater dans certains secteurs et certaines zones géographiques), la modeste hausse des taux d’intérêt était justifiée.

La Banque d’Angleterre n’a quant à elle pas encore modifié sa politique monétaire.

 

Inconstance des devises

A la suite de la hausse des taux directeurs américains, le renforcement logique du dollar ne s’est pas concrétisé. Alors qu’une hausse des taux directeurs attire en général les capitaux et voit la devise s’apprécier, le dollar a repris le chemin de la baisse et c’est l’Euro qui s’est renforcé contre les autres devises : l’euro s’échangeait contre dollar US à 1,06 $ le 30 novembre et à 1,09$ actuellement soit 2,75% d’appréciation en deux semaines. Le fait que la BCE n’ait pas actionné des mesures de plus grande ampleur, est l’explication à ce mouvement.

 

Divergence de rythme de croissance

Le monde développé devrait bénéficier de taux de croissance en amélioration avec une disparité de part et d’autre de l’Atlantique : aux Etats-Unis la croissance est attendue à un rythme compris entre 2,3% et 2,7%, tandis qu’en Europe elle devrait être de +1,6% et au Japon de +1%. Même si la croissance de l’Europe est encore faible, elle est tout de même en amélioration.

Le monde émergent est en recul pour la troisième année de suite, heurté par le ralentissement chinois et la chute des matières premières. La croissance de la Chine est attendue autour de 6,3% et en dessous des 7% prévu ; les autorités chinoises mettent en place des séries de mesures incitatives pour faciliter le rééquilibrage de l’économie vers les services et être moins dépendant de l’industrie. Mais des doutes persistent sur la capacité du gouvernement à assurer cette transition en douceur. Le Brésil et la Russie continuent de souffrir de la baisse des matières premières et de la dépréciation de leurs devises consécutives à des sorties de capitaux massives. Le Brésil est confronté à une grave crise non seulement économique, mais également budgétaire et politique; D’une façon générale, les pays dépendant du pétrole et des matières premières sont fragilisés ( Venezuela, Nigeria, Afrique du Sud…) . D’autres restent bien orientés et disposent de ressources variées les immunisant contre le ralentissement chinois (Inde et Indonésie).

Ces divergences se retrouvent dans l’évolution des taux d’intérêt des pays émergents et dans l’évolution des devises. Pour autant, l’action de la FED n’a pas eu les effets négatifs que l’on aurait pu attendre.

 

Pétrole et Déflation

Le pétrole devient l’actif le plus spéculatif.
La hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis devrait être considérée comme un signe positif, mais elle arrive tard car des doutes émergent sur la vigueur de la croissance. Le principal trouble fête est le pétrole, dont les prix ne cessent de baisser depuis 18 mois et affaiblissent l’économie américaine. Cet effet ciseau explique la volatilité de décembre et limite le potentiel de hausse de fin d’année.
Ce que l’on appelait fin 2014 le contre-choc pétrolier, et qui faisait la joie des prévisionnistes tant l’énergie peu chère et abondante est un facteur de rentabilité pour les entreprises et de pouvoir d’achat pour les ménages, se transforme aujourd’hui en sujet d’anxiété et révélateur d’une croissance mondiale à la peine. Cette surabondance de pétrole trouve son origine dans la situation géopolitique du moyen orient et dans la production de pétrole de schistes américains. Les USA ont fait le choix de produire eux même leur propre pétrole pour ne plus être dépendant des importations venant du Moyen Orient. Les nouveaux investissements ont ainsi dynamisé la croissance américaine au cours des cinq dernières années. L’essor du Texas en est l’exemple réussi. Mais la baisse du prix du pétrole vient mettre à mal cette industrie nouvelle, les investissements devenant non rentables et source de pertes financières. Sur le marché du crédit, les défaillances des sociétés américaines impliquées dans le forage ont augmenté fortement, asséchant en partie les liquidités et créant par ricochet des prises de bénéfices sur les autres classes d’actif. Ainsi le 15 décembre dernier, le Fond d’investissement spécialisé sur les obligations à haut rendement “Third avenue” a figé l’épargne de ses clients, incapable de les rembourser. De plus, les dernières statistiques économiques ne démontrent pas que l’économie américaine tourne à pleine puissance. Les indicateurs avancés, toujours en zone d’expansion, progressent moins (PMI manufacturier de décembre à 51,3 contre 52,8 le mois précédent et PMI des services à 53,7 contre 56,1 en novembre, Production industrielle en recule de -0,6% contre -0,2% en novembre etc…). Pour autant, le secteur de la construction continue de croître et les salaires commencent à augmenter dans certains secteurs et zones géographiques soutenant la consommation intérieure.

Un pétrole peu cher reste néanmoins positif à double raison. Il stimule la consommation des ménages et réduit les coûts de production des entreprises. Pour autant, l’effondrement des prix du pétrole à laquelle se rajoute l’hyper concurrence facilitée par l’invasion de la digitalisation, alimentent la pression déflationniste ; dans de telles conditions le potentiel de croissance est naturellement limité.

 

Notre allocation d’actifs

Les contradictions de cette fin d’année 2015 nous invitent à un optimisme raisonné. Nous avons un appétit modéré pour les actifs risqués et privilégions les actions, le contexte étant plus favorable aux actions qu’aux obligations. Parmi les actions, la zone euro conserve notre faveur car les valorisations restent raisonnables et l’environnement économique offre des perspectives de redressement. Les actions à dividende du secteur télécommunications sont recherchées. Egalement, le secteur de la construction devrait bénéficier d’une reprise du secteur immobilier en Europe.

Sur les taux, les politiques monétaires accommodantes et les effets déflationnistes liés au pétrole et à la concurrence, limite le potentiel de hausse des taux d’intérêt. Nous sommes diversifiés sur la courbe des taux entre des placements souverains (USA et zone Euro) et des placements obligataires d’entreprises en privilégiant les obligations high yield européennes à court terme, qui offrent du portage et des opportunités d’investissement après la correction de décembre.

Sur les devises, nous optons pour une position neutre et avons réduit l’exposition au dollar US. Nous reviendrons d’avantage sur le dollar si la Banque Centrale Européenne agissait avec plus de force.

L’année 2015 a été volatile par l’action des Banques Centrales et la chute des matières premières ; il est probable que l’année 2016 soit tout aussi volatile compte tenu des échéances politiques à venir (Etats-Unis, Royaume Uni, Espagne, Portugal….).

Nous ferons en début d’année un panorama des performances des différentes classes d’actifs par zones géographiques et d’ici là, nous vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année.

 

Christophe Brulé

Achevé d’être rédigé le 23 décembre 2015

 

 

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
ENTHECA RENDEMENT COURT TERME ENTHECA FINANCE Agnès BRULE / Christophe BRULÉ Monétaires Euros 54.59 M€ 0.18 % 0.15 %
ENTHECA PERENNITE ENTHECA FINANCE Christophe BRULÉ Mixtes Mondial Equilibre 22.24 M€ -0.96 % -2.60 %

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