Deux ans pourraient ne pas être suffisants pour comprendre les conséquences du Brexit

Par Christophe Machu - le 14 juillet - M&G Investment Management

19/07/2016 - Publié par M&G INVESTMENT MANAGEMENT LTD. dans Marché Allocations d'actifs

Deux ans pourraient ne pas être suffisants pour comprendre les conséquences du Brexit

Les minutes de la Réserve fédérale américaine indiquaient que :

« Les participants ont généralement estimé qu’il serait prudent d’attendre le résultat du référendum à venir au Royaume-Uni sur le maintien dans l’Union Européenne, et ce afin d’en évaluer les conséquences sur les conditions des marchés financiers mondiaux et sur les perspectives économiques américaines. »

Ils pourraient attendre un certain temps. Bien que le résultat du vote soit connu, déchiffrer ses réelles implications risque d’être un processus itératif s’étalant sur des années. D’un point de vue politique, l’éventuelle invocation de l’article 50 par le Royaume-Uni et le calendrier associé ne constituent qu’une partie du processus.

Le Traité de Lisbonne indique une « période extinctive » de deux ans durant laquelle l’accord de sortie doit être négocié. Toutefois, l’histoire récente suggère que les négociations autour des traités de l’UE ont tendance à prendre beaucoup plus de temps : ces périodes ont toutes, à l’exception d’une, duré plus de 24 mois. Même le processus d’adhésion du Royaume-Uni à l’Union Européenne (accession en 1973) a pris plus de temps que cela.

 

 

Du point de vue de la finance comportementale, ce pourrait être un exemple intéressant d’illusion de planification. Pour les investisseurs, les conséquences sont davantage d’ordre pratique. Comprendre la dynamique économique est toujours extrêmement difficile parce que le système est complexe. En conséquence, même avec une parfaite connaissance de la façon dont les négociations vont se dérouler, il serait presque impossible de prévoir la manière dont les facteurs économiques fondamentaux seront affectés et dont les prix des actifs réagiront.

La semaine dernière, Jenny a évoqué l’idée d’« incertitude inhabituelle » entourant le vote du Brexit. Elle a noté que, même si les perspectives sont toujours incertaines, nous ne sommes la plupart du temps simplement pas en mesure de considérer la véritable étendue des scénarios possibles. Le Brexit a toujours été une éventualité, mais de la même façon qu’un large éventail d’autres scénarios que nous n’évoquerons pas aujourd’hui. En tant qu’êtres humains, nous avons trop confiance dans notre capacité à prévoir globalement ce que l’avenir nous réserve, parce qu’il est trop difficile d’accepter que tant de choses échappent à notre contrôle. Nous recherchons autant d’informations et d’analyses que possible pour nous sentir sereins, ce qui nous rend plus présomptueux.

Le souhait de la Fed de disposer de davantage d’informations illustre ce phénomène. Mais à vrai dire, il n’y aura jamais assez d’informations. Pour les investisseurs, le succès réside dans l’acceptation que le risque ne peut être entièrement éliminé.

Accepter et transiger avec l’incertitude peut induire la recherche d’actifs qui vous protègent comme des opérations de couverture et des valeurs dites « de refuge ».

Ceux qui ont investi dans l’or et l’argent ont profité de belles performances depuis le début de l’année, idem pour les investisseurs en emprunts d’État des pays « cœur ». En tant qu’êtres humains, il est tentant de croire que tout cela était cousu de fil blanc, et d’être encore plus convaincus que les caractéristiques de ces actifs vont perdurer.

Mais ce serait tomber dans le piège du même excès de confiance et de la même certitude déplacées qui peuvent s’avérer mortifères. Les valeurs refuge ne sont pas toujours aussi sûres que prévu, et les couvertures ne compensent pas toujours contre les « Black Swan » qui rodent au coin de la rue. L’évolution du comportement de l’or et de l’argent depuis 2007 témoigne de cette instabilité : ces métaux n’ont pas été d’un grand secours en 2008, mais ils ont apporté une certaine sécurité durant la crise de l’euro 2012, pour enfin ne plus être très protecteurs jusqu’à cette année.

 

 

Les emprunts d’Etat ont connu un destin bien plus favorable, mais le sentiment de marché a changé de façon significative au cours de cette période. A fin 2013, les investisseurs s’inquiétaient d’une bulle obligataire et de la « grande rotation » en faveur des actions. Ils étaient alors beaucoup moins convaincus du statut de valeur refuge de l’emprunt d’Etat à dix ans, alors même que la rémunération du risque était deux fois plus élevée qu’aujourd’hui.

Les incertitudes suscitées par le Brexit sont élevées, mais ces genres de risques sont toujours présents. La Chine était la grande inconnue il y a un an, et les projecteurs étaient braqués sur le risque de récession aux Etats-Unis en janvier et février derniers. L’un ou l’autre de ces évènements auraient pu avoir un impact bien plus important que le Brexit, tout comme les choses dont nous n’avons même pas connaissance aujourd’hui. Croire que nous parviendrons à disposer de suffisamment d’informations pour réduire l’incertitude pourrait nous faire patienter encore un bon bout de temps…

 

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