Déresponsabilisation d’un couple normal et pacte de responsabilité

20/01/2014 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Allocations d'actifs

Déresponsabilisation d’un couple normal et pacte de responsabilité

Finalement les choses ne vont pas si mal en France. Si on a pu considérer que le costume de Président de la République était un peu trop grand pour François Hollande, ce dernier entend poursuivre la tradition grivoise du Palais, devenu une sorte de théâtre de boulevard. Autre raison de s’étonner, les économistes semblent désormais ouvrir un vieux débat : Faut-il une politique de l’offre ou de la demande pour stimuler la croissance ? Say contre Keynes. S’il est toujours intéressant de revenir sur des aspects de théorie économique, ne faut-il pas aujourd’hui être plus pragmatique pour engager le seul combat qui vaille, celui de la ré-industrialisation de notre pays et plus généralement de l’Europe, avec l’objectif de faire diminuer le chômage. En ce sens, nous analyserons ici les forces et les faiblesses du pacte de responsabilité et son éventuel effet pour les marchés financiers à l’heure de ce qui ressemble à un « tournant » de la politique économique comme en 1983 (référence pour les plus anciens !).

 

Ce pacte est d’abord une opération politique

 

Au plus bas dans les sondages et face à l’échec tout autant politique qu’économique du début du quinquennat, il était urgent de rebondir et de trouver une ligne directrice nouvelle. Le pacte de responsabilité répond à cet objectif à condition que ces paroles soient suivies d’actes. Rappelons les principales données. Ce plan est orienté vers l’allégement du coût du travail avec la fin des cotisations familiales d’ici à 2017 pour les entreprises et les travailleurs indépendants. Ceci conduirait à un allégement des charges de plus de 35 Md€. Ce dispositif se substituera alors progressivement au crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) de 10 Md€ actuellement, avec 20 Md€ en objectif. Ainsi ce n’est réellement que 15 Md€ d’aides qui sont données en plus. En contrepartie, l’Etat s’engage à réduire ses déficits publics d’environ 40 Md€ et les entreprises devront embaucher, augmenter les rémunérations et aussi améliorer la formation des salariés.

Quelques réflexions à ce stade. D’un point de vue politique, François Hollande vient d’entrer en campagne pour assurer sa réélection en 2017 et fait clairement l’impasse des prochaines élections intermédiaires. L’horizon de la mise en place de ces mesures est en effet 2017. En tacticien, il définit une nouvelle stratégie politique : rassembler et verrouiller son camp (d’où la validation de ces mesures par le parlement), affaiblir l’opposition (objectif quasiment atteint) et mordre sur le centre (aujourd’hui possible avec ces mesures plus consensuelles). Enfin les contreparties demandées au patronat restent un voeu pieux. Nombre d’observateurs parlent de mascarade car c’est souvent impossible, le MEDEF n’ayant pas les moyens de décréter les embauches, l’exemple de la baisse de TVA dans la restauration en est une parfaite illustration. Si le chef de l’Etat se convertit à la sociale-démocratie, il faudrait, si on suivait la voie de l’Allemagne, que le patronat fasse aussi un chemin vers un schéma à l’allemande. Rien n’est acquis sur ce point.

 

Concrêtement, le pari présidentiel est risqué mais il n’avait plus le choix. La réussite de ce plan passera d’abord par une amélioration globale de la situation économique européenne et mondiale. Déjà quelques voix s’élèvent pour dire qu’il fallait que le choc soit plus important, à savoir ajouter aux 5,4% des cotisations familiales les 12,8% que les entreprises paient au titre de la maladie. Ceci aurait produit un allégement des charges de 100 Md€, probablement plus incitatif. Ensuite la vraie question est de savoir quelle sera la stratégie des entreprises. La réduction des charges va permettre une augmentation des marges des entreprises, donc aussi des impôts, il faudrait donc aussi que le dispositif comporte une diminution des impôts sur les bénéfices pour être totalement efficace sinon l’Etat reprendra d’une main ce qu’il donne de l’autre. On pourrait ainsi conditionner les allégements d’impôt à l’embauche. Ce sera  alors à l’entreprise de savoir quelle partie de ces gains sera redonnée au facteur travail.

 

Conséquences du pacte sur les marchés

 

Nous sommes convaincus que la dette française devrait continuer à bien se tenir contre Allemagne et même de la surperformer car les marchés financiers vont se satisfaire des mesures annoncées et en particulier de l’objectif de baisse des dépenses publiques. Il n’y a plus de raison de craindre une prochaine dégradation de la dette de la France. Du côté des actions, le marché a retrouvé cette semaine ses plus hauts. Nous restons quelque peu sceptiques sur cette hausse, les résultats annoncés par quelques entreprises américaines et européennes ne sont pas toujours cohérents avec les niveaux de valorisation. La prudence doit rester de mise, il y a désormais plus à perdre (10% ?) qu’à gagner (4%).

 

Jean-Noël Vieille
Directeur de la gestion

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