Décision historique de la BCE : 1140 Milliards de rachat d'obligations

L'analyse de Petercam Private Banking

26/01/2015 - Publié par PETERCAM MANAGEMENT SERVICES SA dans Marché Actions

Décision historique de la BCE : 1140 Milliards de rachat d'obligations

Après en avoir parlé beaucoup trop longtemps, et avec cinq ans de retard environ, la BCE va enfin lancer un vaste programme d’achat d’obligations (assouplissement monétaire ou QE). Concrètement, l’intention est d’acheter pour 1.140 milliards d’obligations (publiques et privées) d’ici septembre 2016. De quoi ramener alors le bilan de la BCE juste au-dessus du niveau de début 2012 comme promis par le président Mario Draghi lors de précédentes réunions, ce qui sera hélas sans doute encore insuffisant pour avoir un impact significatif sur l’économie. Cela étant dit, la promesse d’acheter pour 60 milliards d’euros d’obligations chaque mois jusqu’à obtenir un ajustement durable de l’évolution de l’inflation indique que le programme - même si certaines limites ont été prévues par émission et par éditeur - pourra facilement être étendu en cas de nécessité, ce qui est probable.

Elément décevant, pour 80 % des achats d’obligations, les pertes potentielles seront supportées par les banques centrales nationales, ce qui est radicalement différent de l’attitude de partage total des risques adoptée jusqu’ici pour toute décision de la BCE. Et même si Mario Draghi a minimisé ce problème avec fermeté en le qualifiant de "futile", cela ressemble furieusement à une mauvaise idée à moyen terme. Le principal problème à long terme avec la zone euro est qu’elle ne représente toujours pas (et n’est toujours pas perçue comme) une union indéfectiblement soudée comme les États-Unis. Jusqu’à présent, la BCE est pratiquement la seule institution à travailler dans l’idée d’une véritable union européenne. Pour elle, reconnaître que la zone euro est toujours fragmentée au niveau de la politique monétaire est un mauvais signal. Pour que l’euro survive à long terme, la zone euro doit former une union plus soudée et non plus fragmentée. Or, même si la question du partage limité des risques ne devrait pas compromettre l’assouplissement quantitatif à court terme, elle ne cadre pas non plus vraiment avec la philosophie d’une véritable union monétaire.
 
Globalement, la BCE a tenu sa promesse d’(au moins) essayer de combattre la déflation. Il est aussi important de noter que la porte pour maintenir ce programme aussi longtemps que cela s’avérera nécessaire (soit sans doute bien au-delà de septembre 2016) est ouverte. La BCE peut en outre encore en faire plus, comme augmenter le montant mensuel, supprimer les limites par émission et par émetteur, acheter d’autres actifs (même des actions), … Autant de pas déjà franchis par la Banque du Japon (BoJ). Quoi qu’il en soit, la grande décision attendue de la BCE a aujourd’hui été prise. Cela aidera-t-il vraiment l’économie réelle ? La question reste entière. Mario Draghi a du reste souligné une fois encore, et à juste titre, que dans le climat actuel, la BCE ne pouvait pas créer à elle seule de la croissance économique, de l’emploi et des investissements au niveau des entreprises. Elle ne peut que créer les conditions favorables à une croissance et essayer de dresser une barrière contre une dangereuse déflation. Mais pour sortir la zone euro de sa crise actuelle, une politique de relance monétaire doit impérativement s’accompagner de réformes structurelles.
 
En conclusion, et même s’il aura attendu beaucoup trop longtemps, Mario Draghi fait enfin ce qu’il doit faire. La balle est à présent dans le camp des dirigeants nationaux qui doivent améliorer réellement les perspectives à long terme pour l’économie de la zone euro et restaurer la confiance. Et sur ce plan, la situation ne s’annonce guère très prometteuse…

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