Quelles sont les raisons de l'atonie française ?

Safaa Benfarhat et Thomas Page-Lecuyer, stratégistes CPR-AM

03/11/2014 - Publié par CPR ASSET MANAGEMENT dans Marché Actions

Quelles sont les raisons de l'atonie française ?

La France fait partie des pays dont l’économie a le mieux résisté pendant la crise, notamment grâce à
la bonne tenue de la consommation des ménages, mais contrairement à ce que l’on observe chez
certains de nos voisins européens, la reprise tarde.

Les enquêtes, qui s’étaient améliorées jusqu’à fin 2013, se dégradent depuis, le PIB stagne depuis deux trimestres et les prévisions de croissance ne cessent d’être révisées à la baisse. Certes, le ralentissement mondial et les tensions géopolitiques peuvent expliquer une partie de l’atonie mais il semble surtout être question de problématiques structurelles nombreuses couplées à la correction conjoncturelle du marché de l’immobilier.
Avant tout, il est important de souligner la bonne résistance de l’économie française entre 2008 et
2010, au plus fort de la crise des subprimes. Dès 2011, le PIB français avait retrouvé son niveau de
2008 et il le dépasse aujourd’hui alors même qu’en Espagne et en Italie, le PIB est toujours inférieur
respectivement de six et neuf points aux niveaux de 2008. La bonne tenue de la consommation des
ménages - notamment grâce à la protection de l’emploi - et la reprise rapide de l’investissement ont
contribué à ce résultat positif.

Pourtant, depuis mi-2013, cette logique semble s’être inversée ; cela fait quatre trimestres d’affilée que la croissance française est inférieure à la croissance moyenne observée en zone euro. Qu’il s’agisse des entreprises, dont l’investissement est atone et qui, d’après les enquêtes, revoient à la baisse leurs perspectives, ou des ménages pour qui, le chômage élevé, la dégradation du pouvoir d’achat et les faibles perspectives d’évolution de l’activité sont une source d’inquiétude, le constat conjoncturel est dégradé.

Les exportations, qui ont pu être un moteur de reprise pour certains pays périphériques, comme
l’Espagne, l’Italie ou le Portugal et même l’Allemagne, se sont stabilisées depuis 2012 en France.

Depuis 2005, les exportations françaises ont augmenté de 30% alors que la hausse était de 50% en
Italie et en Allemagne ou de 70% en Espagne. Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette atonie ;
d’une part, la forte hausse des coûts salariaux unitaires dans les années 2000 - résultat d’une hausse des salaires plus rapide que la productivité - et, d’autre part, la hausse de l’euro avec une industrie reposant sur la faible technologie, ont rendu les entreprises françaises, majoritairement des TPE dont la capacité à exporter et à innover est faible, plus vulnérables à la concurrence internationale. Dansce contexte et pour tenter de rester compétitives en termes de prix, les entreprises françaises ont fortement rogné leurs taux de marge et, par conséquent, leurs investissements et notamment celui en Recherche et Développement, freinant une possible montée en gamme des produits français.
Parallèlement, la structure du marché du travail, entre autres par son manque de flexibilité, a pu atténuer la hausse du chômage pendant la crise via une protection élevée des travailleurs contre les licenciements mais elle freine désormais la reprise de l’emploi. D’après le dernier rapport de l’OCDE sur la compétitivité française, « La segmentation du marché du travail limite en outre la capacité de l’économie à s’adapter aux chocs en freinant la réallocation du capital entre les entreprises et les secteurs d’activité et, par là même, la productivité. […] De plus, le haut niveau des prélèvements portant sur le travail et les rigidités salariales affectent à la fois l’offre et la demande de travail et  entravent la compétitivité. » En d’autres termes, le manque de flexibilité de l’emploi limite la capacité d’adaptation des entreprises au cycle économique et fait peser sur les plus fragiles -
notamment les plus jeunes et les plus âgés - les ajustements nécessaires. D’autre part, le poids de la
fiscalité et les rigidités salariales, dans un monde globalisé, affectent la compétitivité.

Dans un contexte de croissance atone, de taux de chômage élevé et de durcissement de la fiscalité
immobilière, on assiste par ailleurs, depuis mi-2013, à une correction du secteur de l’immobilier qui pèse, et de façon marquée, sur la croissance française, la construction et les activités immobilières
représentant à elles seules 20% de la valeur ajoutée.

Selon l’INSEE, le recul de la construction retirerait 0,4 point de PIB sur la seule année 2014. Il est toutefois peu probable que ce ralentissement se transforme en chute marquée du secteur, dans un contexte de taux de crédit immobiliers historiquement bas, de demande de logements structurellement forte liée à une démographie dynamique, et de risque de crédit limité. Cependant, la correction devrait se poursuivre et continuer de peser sur la croissance française au moins jusqu’à 2015. 

La sous-performance de la France par rapport à la moyenne de la zone euro renvoie à de
nombreuses problématiques structurelles liées au marché de l’emploi, aux rigidités salariales, à la
structure des entreprises ou encore au poids et à l’instabilité de la fiscalité. Outre les tensions
géopolitiques qui peuvent affecter le moral des investisseurs et donc leurs investissements, la
correction du secteur de l’immobilier explique, elle aussi en partie, l’atonie française et continuera de
peser sur la croissance en 2015. Les mesures en faveur de l’emploi et de la compétitivité prises par le gouvernement ces deux dernières années, même si elles vont dans le bon sens, ne semblent pas assez ambitieuses face aux nombreuses problématiques structurelles, et ne permettront
probablement pas, à elles seules, d’inverser la tendance, tant du côté du marché du travail que de
celui de la compétitivité des entreprises. D’autres mesures d’envergure seront donc nécessaires.

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
CPR CROISSANCE DYNAMIQUE CPR ASSET MANAGEMENT Cyrille GENESLAY Mixtes Mondial Dynamique 198.51 M€ 1.17 % -4.49 %
CPR CROISSANCE REACTIVE CPR ASSET MANAGEMENT Malik HADDOUK Mixtes Mondial Equilibre 896.19 M€ 1.13 % -3.76 %
CPR SILVER AGE CPR ASSET MANAGEMENT Vafa AHMADI Actions Europe 1 042.80 M€ -11.61 % -14.11 %

Articles similaires

INDICATEUR DE STRESS DES MARCHÉS FINANCIE...

L’indicateur de stress sur les marchés financiers construit par BIPE / AssetFi est un indicateur purement financier répondant à un double...

11/12/2012 - Publié par ASSETFI MANAGEMENT SERVICES

Actions / Avis d'experts

DES CONTRE-COURANTS DANS LE CYCLE ÉCONOMI...

Etats-Unis : Le « falaise budgétaire » reste le thème dominant pour l’économie L’économie américaine a fait mieux que prévu au troisième...

27/11/2012 - Publié par GROUPAMA ASSET MANAGEMENT

Actions / Avis d'experts