Ces espoirs ressemblent plus à des chimères...

L’e -conoclaste Actis hebdo - le 18 avril 2016

18/04/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Actions

Ces espoirs ressemblent plus à des chimères...

LA CITATION DE LA SEMAINE

« Il y a deux moments dans la vie d’un homme où il ne doit pas spéculer : quand il n’en a pas les moyens et quand il en a les moyens » - Mark Twain (1835-1910), romancier, homme d’affaires américain.

 

 

  

L'ACTU EN CHIFFRES

270 Milliards : est l’exposition globale via le crédit en euros au secteur pétrole et gaz des banques européennes selon Moody’s. « Cette exposition ne présente pas de risque significatif pour leurs revenus ou leurs capitalisations » selon cette même agence. Avec en tête, BNP pour 34,3 milliards.

335 : est la longueur en mètres (soit la hauteur de la Tour Eiffel) des futurs paquebots de croisière actuellement en construction dans les chantiers de Saint-Nazaire pouvant accueillir 7000 passagers dans 2750 cabines.

6,45 : est le prix au kilo du saumon norvégien (+40% en 3 mois). La Norvège fournit à 60% des besoins (en constante augmentation) de la planète, le point mort des éleveurs se situe autour de 3,5 euros. 

 

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE

 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

L’appétit pour le risque est temporairement revenu avec des indices boursiers qui ont rebondi de 5% la semaine dernière, sur fond d’un espoir d’ accord entre l’Arabie Saoudite et les autres membres de l’OPEP et la Russie à Doha hier ainsi que sur des chiffres chinois de commerce extérieur en apparence meilleurs.

Pourtant ces espoirs (douchés en ce qui concerne Doha) ayant portés, emportés les investisseurs n’ont rien d’enthousiasmant à y regarder de plus près et ressemblent plus à des chimères

En effet :

-  d’une part, le gel de la production ne serait produit qu’à l’issue d’un accord qui n’est pas unanime (l’Iran s’en est exclu), sur des niveaux élevés (pic historique de production russe à plus de 10 mbj) et n’est pas de nature actuellement à résorber le différentiel de 1,5 mbj au bas mot entre la production et la demande toujours grevée par la croissance ralentie dans le monde.

De plus, notons qu’au-delà de 40 $ le baril, les pétroliers de schistes américains pour les plus rentables sont tentés de renouveler leurs ventes à découvert sur l’huile afin de couvrir leurs extractions.

Par ailleurs, les derniers chiffres hebdomadaires de stocks de pétrole brut publié par le département américain à l’énergie relèvent une hausse plus importante que prévue de 6,6 millions de barils portant le stock à 536,5 millions, hors réserves stratégiques, encore un record battu datant de 1930. On attendait 1 million de barils, encore un grand écart probablement dû aux variations saisonnières influant sur les statistiques dont seuls les américains ont le secret. On pourra toujours compter sur la fameuse « driving season » pour résorber « un petit peu » ces stocks avec des millions d’américains projetés sur les routes au volant de leurs huit cylindres pour gouter au plaisir de quelques jours de vacances bien méritées.

- d’autre part, concernant les exportations chinoises de mars, si elles sont en augmentation de 11,5% ces dernières succèdent à des replis significatifs de 25,4% en février, de 11,4% en janvier et des autres 6 mois consécutifs de repli encore précédemment.

Mars, comme chaque année, ne fait que compenser l’atonie du nouvel an chinois mais n’inverse aucunement la tendance de la faiblesse actuelle de l’activité dans l’Empire du Milieu, malheureusement pour la croissance mondiale.

 

Mais finalement les investisseurs ont envie d’y croire, ne boudons pas notre plaisir même s’il n’est que temporaire, ce qui rassure n’est plus tant le niveau absolu du baril que sa relative stabilité autour de 40 $, préalable nécessaire à édifier de futures guidances pour les entreprises.

 

En parallèle et paradoxalement au bon comportement boursier de cette fin de semaine, le FMI, qui se veut plus proactif qu’en 2008, réclame de la part des dirigeants politiques surtout européens, plus d’actions visant à trouver des solutions  aux problèmes de la faible croissance et de l’emploi. A l’aune des perspectives économiques du PIB mondial revues par l’institution et corrigées de 0,2% à 3,2%, les dirigeants de cette même institution, à l’image des patrons de banques centrales, manifestent de plus en plus haut et fort et réalisent à quel point leurs efforts resteront vains si des politiques nationales d’accompagnement et de relais ne sont pas menées en profondeur. Echéances électorales et montée en puissance des partis populistes en Europe (cause ou conséquence…) ne poussent pas à mener les réformes qui s’imposent…Même notre ministre de l’économie se sent obligé de créer un nouveau mouvement « En marche » de peur de reculer avec l’actuel exécutif. C’est tout dire.

Les menaces identifiées par le FMI d’un retour de l’économie mondiale en récession ou à tout le moins une « stagnation séculaire », met en exergue trois actions combinées à mettre en œuvre d’urgence: poursuivre des politiques monétaires accommodantes, utiliser les marges de manœuvre budgétaire de relance pour les pays qui en disposent en construisant des infrastructures, par exemple, et surtout mettre en place des réformes structurelles: baisser les cotisations sur les salaires, investir dans la formation des chômeurs ou libéraliser des secteurs de l’économie trop protégés pour y instiller plus de concurrence. Un vrai programme d’inspiration à but électoral.

 

Coup de gueule sur la poursuite des taux négatifs, à contre-courant des préceptes du FMI souligné précédemment, comme quoi tout ce petit monde s’entend à merveille!

Dans les milieux économiques et politiques en Allemagne, les critiques fusent à l’égard de la BCE et de ses mesures non conventionnelles qui poussent les taux en territoire négatif. Les allemands n’hésitent pas à qualifier ces mêmes taux de « taux punitifs » (« Strafzins » en teuton) car attaquant les dépôts bancaires et fragilisant les établissements. Les allemands n’en sont pas à leur coup d’essai par rapport à la BCE, on vous rassure, la cour constitutionnelle de Karlsruhe - contre-pouvoir au gouvernement de Angela Merkel - se penche régulièrement sur la conformité des décisions de la BCE par rapport aux textes germaniques.

Même son de cloche en France via François Pérol, président de la BPCE, qui se dit encore plus préoccupé par l’état du secteur bancaire en Europe compte tenu de cet environnement de taux que lorsqu’il a pris les rênes en 2009, de quoi calmer un peu les ardeurs des plus motivés.

Entre la récession en Europe qui menace en cas d’arrêt du QE et maintien des taux négatifs, difficile de discerner ce qui est de deux finalement le plus préjudiciable pour les bilans bancaires…La BCE a tranché, les taux négatifs poseront un problème s’ils se prolongent encore 2 ou 3 ans, pourvu que cela ne dure pas et que l’inflation nous gagne.

 

Enfin après le FMI et les germains, l’accès de mauvaise humeur affecte également Moody’s à propos de la remontée progressive des défauts de paiements dans le monde qui est « attendue » à 4,6%, prémisse d’une détérioration plus marquée de la solvabilité des entreprises. Deutsche Bank enfoncerait le clou à travers une note plus alarmiste évoquant un d’un véritable retournement de cycle, emmené par les Etats-Unis en raison notamment un stock de dette excessif et de mauvaise qualité contiguë au choc du resserrement monétaire. Selon la banque, le taux d’ici 2018 pourrait doubler outre-Atlantique pour tutoyer les sommets de 2008 à 10%, avec des répercussions également sur notre continent autour de 5 à 7%.

 

En résumé, les inquiétudes des instances internationales ne reflètent absolument les priorités des marchés actuellement dont la meilleure séance de l’année a été signé mercredi à +3% portant la performance hebdomadaire à 5%, l’indice parisien étant à 100 points de ses niveaux de début d’année.

 

 

LE POINT TECHNIQUE

On ne peut pas compter sur les dirigeants d’entreprises pour relancer la croissance !

 

Les efforts de Mario Draghi pour relancer la croissance trouvent leurs limites au simple constat que les estimations de dépenses d’investissement (capex) des principales entreprises du DJ 600 sont attendues en  moyenne à 19 millions d’euros seulement, et constituent le signal le plus « bearish » depuis fin 2009 au plus fort de la crise, l’inflexion ayant débuté il y a un an exactement.

La priorité de ces entreprises est actuellement souvent donnée au rachat d’actions, constitutions de trésorerie, distribution de dividendes et acquisitions plutôt qu’aux dépenses d’investissement dans les outils de production.

Les secteurs les plus impactés sont : le pétrole, les telcos et la distribution en tête.

Le peu de visibilité en termes de croissance en Europe et la contraction des profits attendues à -10% en 2016 expliquent ce comportement prudent plus financier qu’industriel.

On notera enfin que les réserves de trésorerie des 600 compagnies de l’indice s’élèvent désormais à 2300 milliards d’euros…à un moment où il n’a jamais été  aussi couteux de détenir des liquidités, on doit s’attendre à ce que cette situation ne s’éternise pas.

 

 

 

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