Quel est le véritable but de la BCE avec son quantitative easing?

Le billet de Marc Gilson

29/01/2015 - Publié par Marc GILSON dans Marché Actions

Quel est le véritable but de la BCE avec son quantitative easing?

Suite à notre dernier billet un lecteur nous fait les remarques suivantes :

La BCE et les banques centrales vont racheter aux banques des obligations d’Etat pour 1.000 milliards d’Euros. Et ils comptent sur les banques pour mettre plus de liquidités sur les marchés…… Cela nous semble un pari un peu illusoire parce que les banques ne manquent pas de liquidités avec l’argent qui se trouve sur les carnets d’épargne.

Est-ce qu’il ne valait pas mieux faire tourner la planche à billet pour financer de grands investissements publics sur l’énergie, pour sa production verte et sur les économies d’énergie ? L’argent arriverait ainsi dans l’économie réelle directement…. et en Grèce par exemple pour faire remonter leur PIB.

Vous avez raison : en fait les banques ne manquent pas de liquidités mais de… projets, de dossiers. Ceci dit, elles sont frileuses car elles veulent des garanties de plus en plus importantes vu que chaque euro de crédit doit être compensé en partie par des fonds propres (Bâle III). C’est assez cornélien. Ces nouvelles liquidités pourraient aussi être affectées à des fonds de garantie par exemple.

Si, « par hasard », les banques utilisaient ces liquidités pour financer des travaux d’utilité publique et donc des Etats, Régions, Communes… on aurait alors le problème de l’augmentation de la Dette etc. Tout aussi cornélien.

Votre question, nous nous la posons également et nous ne croyons pas à l’efficacité immédiate de la mesure. Cependant on doit tenir compte d’un autre facteur : vu que le taux de dépôt à la BCE est devenu négatif, les banques ne savent plus que faire de leur argent et cette nouvelle manne doit bien être recasée. Elles pourraient capitaliser des sociétés de participation, de capital-risque (détachées de leur structure purement bancaire). Elles vont aussi pousser à nouveau le crédit à la consommation (ça ce serait enfin un bon signe) bien que l’endettement des ménages n’est pas toujours une sage solution même si il correspond à une vision plus optimiste de l’avenir.

Le véritable but de la BCE c’est de créer de l’inflation (ce que les Allemands rechignent encore à considérer) : si vous savez que ce que vous voulez acheter coûtera plus cher demain, vous allez vous dépêcher de l’acheter. Bingo pour la relance…

Mais pour créer de l’inflation il faut y aller franco : c’est pourquoi toutes les mesures sur les économies d’énergie, les grands travaux occupant des ressources humaines et matérielles locales, la sur-taxation de la pollution, etc. peuvent amener une inflation liée à l‘indexation (et la revalorisation des salaires) et faire repartir aussi la machine. Mais il faudra des discours politiques plus optimistes, plus convaincants en tout cas.

La chute du prix du pétrole comme celle du lait est un facteur de baisse des prix, a priori, donc anti-inflation. Que fera le consommateur de son bonus temporaire ? Qui empochera la différence de prix ?

Est-ce que la réponse à la déflation ne serait pas une hausse générale des salaires, sur fond de baisse substantielle de l’euro ? (*)

On verra donc les effets de la politique de Quantitative Easing dans quelques mois : pas besoin d’attendre un miracle dès avril, soyons patients une fois de plus…

@MarcGilson

(*) C’est une idée iconoclaste, à l’évidence.

Dans son dernier livre « Croissance Zéro », Patrick Artus prévoit des années de stagnation. La croissance zéro serait due, notamment, à la perte de vitesse de l’innovation technologique devenue trop chère et moins efficace, à un système éducatif moins performant, à la mutation des économies industrielles vers celles des services. Pour l’économiste, il faut se préparer à cette éventualité qui contribuera notamment à renforcer les inégalités de classes.

Et il prône plusieurs mesures : la baisse du salaire minimum compensée par des transferts sociaux, l’adaptation des prestations sociales aux revenus des bénéficiaires, le crédit à des taux inférieurs à l’inflation, la limitation des transferts publics comme les aides à l’accès à la propriété ou aux voitures non polluantes (qui favorisent ceux qui ont déjà des moyens…)

Plusieurs analyses de M. Artus nous séduisent. Plusieurs des solutions proposées aussi : elles tendent à mieux redistribuer les revenus et à gommer –enfin, essayer de gommer- les inégalités qui s’installent de plus en plus vite.

Reste à débattre du salaire : pourquoi s’acharner à en demander la baisse si on prend des mesures compensatoires en transferts sociaux. Ces mesures, c’est encore plus d’administration et de complications. Et si on essayait de faire simple, non ?

Le débat reste ouvert.

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