Baisse des marchés : une respiration bienvenue

L'analyse de Joseph Alfonsi de LGA

06/05/2015 - Publié par LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE dans Marché Actions

Baisse des marchés : une respiration bienvenue

Depuis la mi-avril, déjà, les places financières avaient renoué avec une forme de nervosité à laquelle nous n’étions plus habitués depuis plusieurs mois. Le VSTOXX, indice de volatilité des bourses européennes, avait d’ailleurs bondi de 17.51 à 24, illustrant ainsi l’indécision des acteurs, reflétée par une forte fluctuation des cours, en séance, mais également d’une journée à l’autre. Aussi, dans ce contexte, le coup d’arrêt subi par les marchés la semaine dernière apparait-il comme une issue guère surprenante à cette période d’atermoiements. Au final, à fin avril, l’eurostoxx 50 recule de 5.56% en un peu plus de quinze jours. 

Première remarque : si on en reste là, ce mouvement correctif apparaît tout à fait mesuré au regard des 33% de hausse enregistrés en six mois (de mi-octobre 2014 à mi-avril 2015) ; Deuxième remarque : sans préjuger de la réaction des marchés au cours des prochains jours, et en considérant qu’il n’y a pour le moment aucune raison objective de remettre en cause la tendance de fond haussière, ce repli constitue en tout cas une forme de respiration bienvenue, jugée souhaitable par bon nombre d’intervenants.

Reste à examiner les éléments déclenchants de cette correction et à en analyser la portée. 

Premier élément « tarte à la crème » : la Grèce, qui, depuis l’élection de Syriza, n’a plus quitté le devant de la scène financière. Certes, la Grèce ne revêt plus une dimension systémique comme cela a pu être le cas autrefois. Autrement dit, une sortie de la zone euro est aujourd’hui perçue comme étant avant tout dommageable pour les grecs. Reste que, le cas échéant, une telle éventualité remettrait en cause l’unité et la cohésion de l’Union monétaire, ce qui ne manquerait pas de susciter des interrogations profondes sur son avenir et de provoquer de nouveaux remous en bourse. Au moment où nous écrivons ces lignes, en dépit de la multiplication des réunions de travail, aucun terrain d’entente n’a encore été trouvé entre le gouvernement de gauche radicale et ses créanciers. Le feuilleton se poursuit tandis que les échéances se profilent. Vraisemblablement, impact systémique ou pas, tant qu’une solution crédible ne se dessinera pas, la problématique grecque risque de continuer d’empoisonner la vie des marchés.

Autre élément – plus énigmatique - de ce repli brutal : la coïncidence des prises de bénéfices sur plusieurs classes d’actifs évoluant habituellement en sens opposé. La semaine dernière, les marchés d’actions ont corrigé violemment en même temps que les marchés d’emprunts d’état, alors qu’en pareilles circonstances ces derniers jouent plutôt un rôle de valeur refuge. Cette fois, point de « flight to quality ». Tout a baissé de manière concomitante. Pourquoi et quelles conclusions doit-on en tirer ?

L’explication première de ce mouvement tient sans doute à la volonté des investisseurs de prendre leurs bénéfices sur l’actif « Europe » au sens large. Alors que depuis plusieurs mois, dans la perspective du programme d’achats d’actifs de la BCE, l’Europe avait été la destination la plus prisée des investisseurs mondiaux, c’est d’un seul bloc, semble-t-il, que ces derniers ont procédé à des dégagements. Pour
schématiser, on a vendu l’Europe après l’avoir achetée, et ce, sans doute sur la base du raisonnement inverse de celui qui a prévalu au cours des six derniers mois. La baisse de l’euro, du pétrole et des taux avait inspiré la préférence pour les actifs européens. Les derniers développements ont fait craindre (à tort, selon nous) une remise en cause de cette spirale vertueuse. 

Enchaînements :
Le trou d’air du PIB US au premier trimestre (+0.2% seulement en rythme annualisé) semble avoir conforté un accès de faiblesse du dollar contre euro, sur l’idée que la Fed n’aurait pas d’autre choix que de sursoir au relèvement de ses taux directeurs jusque-là anticipé pour septembre. D’où une moindre rémunération attendue du dollar. En conséquence, les investisseurs ont également anticipé une poursuite de la remontée des cours du pétrole (historiquement corrélés à l’inverse au billet vert). Cette éventualité d’une remontée des cours de l’euro et du pétrole a suscité des craintes sur la compétitivité des entreprises européennes alors même que c’est précisément l’amélioration à venir de celle-ci, du fait de la baisse de l’euro et du pétrole, qui avait motivé le positionnement sur les bourses européennes. Ce serait donc ce retournement brutal de perception qui aurait provoqué les dernières prises de bénéfices.

Mais alors, comment expliquer la baisse simultanée des marchés obligataires (les rendements du bund se sont tendus de 0.05% à 0.42%) ? 

Première explication : la publication des indices d’inflation en Allemagne (+0.3% après deux mois de redressement) dissipent les craintes déflationnistes qui ont motivé toute l’action de la BCE. Du coup, sera-t-il nécessaire que celle-ci aille au bout de son programme d’achats initialement prévu en septembre 2016 ? Si celui-ci devait ne pas aller à son terme, alors les taux n’auraient donc plus vocation à continuer de baisser
sans fin. Voilà, là encore, un prétexte à des prises de bénéfices ;

Deuxième explication : tant la confirmation par les indices PMI (stabilisation autour de 52) que les prévisions des instituts de conjoncture présagent d’une poursuite de l’amélioration conjoncturelle en
zone euro. Toute baisse supplémentaire des taux ne devient-elle pas désormais superflue puisque le niveau actuel a déjà permis à l’activité de crédit de redémarrer. CQFD.

Nous considérons pour notre part que ces raisonnements relèvent pour l’heure de l’extrapolation. Aussi le mouvement actuel s’apparenterait davantage à une consolidation comme il en existe tant dans des marchés tendanciellement haussiers.

Joseph Alfonsi

Fonds associés

Nom Société de gestion Gérant(s) Catégorie Encours 1 Janv. 1 An
AQUILA GRANDE EUROPE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Joseph ALFONSI / Christian PICOT Actions Europe 1.65 M€ -2.36 % -9.74 %
LGA COVERAGE LGA INVESTISSEMENT ASSOCIE Alternatif 'Long / short Equity neutral' 4.25 M€ 5.57 % 3.41 %

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