Actis AM : L'E-conoclaste N°36

05/09/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

Actis AM : L'E-conoclaste N°36

Marchés et décryptage

En ces jours de rentrée scolaire, il est bon de faire un point, ranger les gonflables et les sandales, sortir les compas et les rapporteurs, affuter les crayons pour tenter de percevoir ce qui se dessine, en termes d’écueils et d’opportunités, pour les derniers prochains mois de cette année. Et ce même si, on le sait, il arrivera fatalement ce à quoi on s’attend le moins, comme souvent.

Pour résumer, globalement il ne s’est pas passé grand-chose de nouveau, au grand étonnement de tous, contrastant avec la fin juin et la mise en tension des marchés suite au Brexit et aux inquiétudes dans les pays émergents (notamment avec le feuilleton politique au Brésil et le fort ralentissement de la croissance en Chine à 6%).

Les investisseurs ont pu respirer sereinement.

Les mêmes problématiques vont par conséquent refaire surface en cette rentrée d’abord politiques avec la recherche d’une majorité stable en Espagne, sans quoi de nouvelles élections sont à prévoir en décembre, le référendum constitutionnel en Italie en octobre et le maintien de Matteo Renzi en question, les calculs électoralistes en France et en Allemagne puis économiques ou plutôt financières avec le marasme des banques en Italie (Milan à -21% depuis le début d’année), empêtrées dans leurs stocks de créances douteuses.

 

Le traditionnel sommet annuel de Jackson Hole a rappelé par les mots de Janet Yellen que la probabilité d’une hausse des taux était relevée, mais l’ISM manufacturier très décevant à 49,4 en août contre 52,6 en juillet a douché les espoirs (faibles) des investisseurs qui anticipent à seulement 34% contre 60% en décembre une telle réalisation, arguant du fait que le rythme d’inflation n’est pas encore à la cible malgré un dynamisme supposé sur le plan de la croissance et de l’emploi.

Pourtant agir avant les élections US compte tenu d’objectifs financiers quasiment atteints apporterait un réel confort à la banque centrale, moins pour le marché dont le contre-pied serait magistral…

 

Les statistiques de croissance et d’inflation, un poil moins favorables en Europe qu’aux Etats-Unis, contraindront les responsables de la BCE à poursuivre et accélérer le mécanisme des rachats d’actifs ces prochaines semaines et ce, en dépit de la fronde de certains banquiers dont celui de la Deutsche Bank qui crie au suicide collectif bancaire en constatant chaque jour des taux un peu plus bas.

La banque centrale espère surtout par ce biais convaincre les gouvernants de la zone euro à engager les réformes structurelles, transmission nécessaire et validante au QE engagé.

Force est de reconnaitre que pour de nombreux pays européens, traversant ou des crises politiques en leur sein ou déjà entrés en phase électorale, la priorité est ailleurs d’autant que ces nouvelles décisions auraient fatalement un caractère impopulaire.

 

Le Royaume-Uni semble moins pressé de sortir de la « zone de confort Euro » en fixant lui-même les règles en se donnant minimum 2 ans pour toujours profiter de son statut hybride.

Les textes européens permettent-ils à un membre de prendre une telle initiative sans que les autres aient réellement leur mot à dire ?

Les inquiétudes de désintégration se sont pour un moment dissipées, les valeurs cotées immobilières - « point de fixation » des doutes - ont repris les ¾  de la baisse enregistrée le 24 août, la livre s’est ancrée sur les niveaux de 1.30-1.31 contre dollars et 0.85 contre euro (-14%) depuis près un mois et demi et l’exode tant redouté des non-résidents reste à confirmer.

 

Europe toujours : Bruxelles veut frapper fort en s’attaquant au dumping fiscal dont profitent les groupes américains implantés en Irlande comme Google, Apple, Amazon ou McDonald’s notamment.

Ainsi, Apple devrait payer une amende de 13 MM€ (0,06% de sa trésorerie totale estimée à plus de 230 $MM) pour avoir bénéficié d’avantages fiscaux depuis 2003 (dans les faits, cela date depuis 25 ans), un montant proche de ce qui pratique aux Etats-Unis, et qui suscite dans ces sens-là l’ire de Washington…et celle de l’Irlande. Si les choses venaient à dégénérer, Tim Cook le patron de la pomme envisage de rapatrier les 80% de sa trésorerie pléthorique placée à l’étranger.

 

Les prémisses d’une guerre commerciale se profilent, résultat d’années d’errance au sein de l’Union et d’incapacité à former l’Europe fiscale entre autre.

 

Dans ce contexte haut en couleurs, on constatera que les marchés tiennent bon.

Les marchés US contre l’avis des « experts » volent de records en records défiant la gravité au regard des niveaux moyens de marges des sociétés qui déclinent depuis 2 ans, du PE au plus haut depuis 14 ans sur le S&P 500 à 18,5, et un sentiment bearish sur les plus bas d’il y a un an.

Quant aux marchés européens loin de leurs records, ces derniers observent et suivent les évolutions du grand frère américain dans un consensus mou.

Ce qui plaide néanmoins en faveur de cette douce torpeur est de réaliser que, la croissance de l’économie mondiale est proche de sa tendance long terme (3,2%) à 3 % et plus conceptuellement comment appréhender à travers les traditionnels outils de valorisation la notion de cherté relative quand on fait face à un contexte inédit de taux proche de zéro voire négatif ?!?

 

Pas anecdotique du tout, à l’occasion de la revue annuelle de la composition de l’indice EuroStoxx 50, on notera la sortie de 2 financières sur les 3 acteurs sortants (Unicredit, Generali, Carrefour) et l’entrée de Adidas, Ahold-Delhaize et CRH mettant en exergue un peu plus la longue souffrance du secteur financier, notamment italien. Pour alléger le fardeau qui pèse sur le secteur bancaire européen, il parait probable que les exigences réglementaires en termes de fonds propres (floors sur les mortgages et souverains)  s’assouplissent afin de contrebalancer l’effet dévastateur des taux négatifs. Une concession bienvenue. A suivre.

 

La première capitalisation mondiale nous fera l’honneur d’annoncer la commercialisation de  la 7ème version de son couteau suisse d’ici 10 jours, avec un modèle avec plus de coloris, plus de mémoires, étanche, sans prise jack (pour la raison d’avant), plus esthétique entre 700 et 950 euros selon les gigas de mémoire. Apple devrait commander 25% d’IPhone 7 à ses sous-traitants (dont TSMC), pour 60-65 millions d’unités.

Le point technique

La croissance du PIB mondial en volume ralentit depuis 2014 (voir graphes ci-dessous), depuis que le moteur chinois a des ratés. Ce dernier avait un taux de croissance supérieur à 8% depuis de très nombreuses années (depuis le début des années 90 en fait) tirant les marchés des matières premières et tous les pays producteurs et menant le tempo du cœur de la planète entière. Le grain de sable est venu avec le basculement de son économie vers des standards logiquement plus occidentaux, vers une économie de services avec ses caractéristiques propres.

 

(hausses des salaires, baisse de la compétitivité des coûts de production, nouveaux besoins de l’énorme classe moyenne émergente). Les relais des taux de croissance en occident ne sont pas suffisamment forts pour pallier à la baisse tendancielle de l’économie chinoise et en l’absence d’autres pays émergents de substitution actuellement.

 

Suivant le rythme de l’économie mondiale, la capitalisation boursière mondiale (graphe ci-dessous) cale  et décline de 8%, depuis près de 2 ans au détriment des économies émergentes.

 

Source : Actis/ Bloomberg

 

Décroissance depuis 2010 et retour sur les niveaux de 2003

 

Petite embellie à noter : depuis 7 trimestres, on constate enfin une amélioration sur le plan des exportations (+1,5%) et importations (+2%) du commerce international de marchandises au sein du G20 (85% GDP mondial). En totale contradiction avec la marasme que traversent les transporteurs de fret mondial qui vivent leur pire année depuis 2009 avec des surcapacités importantes, un recul amorcé des volumes depuis 2015 qui accélère depuis cet été dans un secteur très capitalistique et endetté.

Clôture des marchés

L’actu en chiffres 

200 000 milliards : est le stock en dollars de dettes (+40% depuis 2007, pour moitié en dettes publiques et moitié en dettes privées désormais) soit 286% du Pib mondial contre 269% en 2007. Sensibles au vertige, s’abstenir !

250 milliards : est la valeur de marché en euros des obligations corporates françaises sur les 714 milliards qui sont éligibles dans le cadre des rachats d’actifs de la Banque Centrale Européenne.

237: est la valeur en dollars d’une médaille d’or olympique compte tenu de sa composition en métal jaune. Jusqu’en 1912, le trophée était composé d’or pur. Aujourd’hui, elle ne contient « que » 1,324% d’or soit 6 g pour une valeur actuelle de 237 $. Mais la valeur est ailleurs.

204 : est le nombre de pays engagés lors des derniers jeux olympiques de Rio avec 10 500 athlètes valides et 4 350 athlètes para olympiques.

72 : est en points de base (-0,72%) la baisse des taux d’un crédit moyen immobilier depuis un an correspondant, toutes choses égales par ailleurs, à une baisse des prix de l’ancien de quelques 6% et de 23% depuis 2011…selon les calculs de la profession en terme de pouvoir d’investissement.

 

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

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