1982 / 2012 : Lorsque Merkel joue à Schumacher…

15/06/2012 - Publié par 360 HIXANCE ASSET MANAGERS dans Marché Allocations d'actifs

1982 / 2012 : Lorsque Merkel joue à Schumacher…

Cette première semaine de juin aura été à plus d’un titre, assez riche d’enseignements. On découvre en particulier :

1/ que l’économie chinoise traverse des difficultés grandissantes,
2/ que désormais l’économie américaine pourrait être victime de la récession européenne et enfin
3/ que le « fly to quality » qui a poussé les taux allemands et français à leurs plus bas niveaux, a probablement atteint ses limites.

Ceci est loin de signifier que les problèmes sont derrière nous, mais nous avons le sentiment qu’il existe bien « une conscience économique » qui fait que tous les protagonistes connaissent la gravité de la situation et cherchent même partiellement et confusément, à trouver des solutions à la crise. L’idée d’une nouvelle solidarité internationale commence à faire sérieusement son chemin. L'aide de ce week end à l'Espagne va dans ce sens. Aussi, il n’est pas totalement exclu que le sommet du G20 du 18 au 19 juin et le sommet européen (23/24) apportent de nouvelles mesures efficaces.

Un nouveau modèle de développement pour les pays émergents.

La chine a surpris ce jeudi avec l’annonce d'une baisse de son taux de dépôt à un an (3,25% contre 3,5%), pour relancer une économie dont le rythme de croissance commençait à donner des signes d'inquiétude. D’une façon plus générale, nous assistons à un changement de modèle de développement des pays émergents qui devrait avoir des conséquences en matière de valorisation boursière. Ces pays vont passer d’une économie tirée par le commerce extérieur, le mercantilisme, à une croissance entretenue par la demande intérieure. Ce phénomène va structurer une nouvelle forme de développement qui va reposer sur une forte augmentation des salaires (+16% en 2011 en Chine). Les pays émergents vont alors commencer à constituer des déficits publics, pratiquer des relances budgétaires et leur politique monétaire sera beaucoup plus expansionniste (les crédits vont aussi augmenter). Cette stratégie aura pour effet de freiner la croissance, surtout dans la partie industrielle (cas particulier du Brésil et de l’Inde). La plupart de ces pays vont aussi connaître une hausse de leurs déficits extérieurs, avec une baisse des réserves de change. Une des conséquences sera une dépréciation forte de ces monnaies vis-à-vis du dollar, qui risque de devenir la monnaie forte de demain. Donc l’ensemble de ces pays vont mener des politiques d’aide à la demande intérieure afin de combler la baisse due à la diminution du commerce mondial. Ainsi s’explique la baisse des taux chinois, qui est un élément constitutif de l’appui à la relance de la demande intérieure. De fait, les émergents changent de nature, mais ceci aura des répercussions boursières négatives, car ce transfert demande extérieure/demande intérieure va mettre du temps à porter ses fruits.

Un possible ralentissement US.

Lors de son traditionnel discours devant le Congrès, Ben Bernanke a évoqué clairement un risque de contagion de la récession européenne sur la faible croissance US. Le Président Obama vient aussi d’alerter les dirigeants européens sur cette problématique, ce qui signifie que les américains vont hausser une nouvelle fois le ton contre l’Europe lors du prochain G20 et exiger des mesures d’assainissement et de soutien. Ben Bernanke a également insisté sur une croissance américaine modérée mais qui ne nécessiterait pas de mesures additionnelles d'assouplissement quantitatif (QE), un élément qui a de quoi décevoir des anticipations pourtant élevées d'une nouvelle intervention monétaire américaine, ce qui pourrait réalimenter la baisse des marchés. Dans ces conditions, les matières premières déclinent logiquement en l'absence de nouvelles mesures de QE, l'or connaissant sa plus forte baisse quotidienne depuis deux mois. Les cours du gaz naturel chutent aussi lourdement aux USA, le Département de l'Energie ayant publié des statistiques faisant état d'une forte hausse des stocks.

Vers une recapitalisation des banques espagnoles.

En Europe, l’Espagne revient très clairement au devant de l’actualité. Ce sujet est intéressant car il existe désormais une nouvelle prise de conscience qui pourrait d’ailleurs rendre les grecs un peu amers. En effet, l’Europe est prête à financer l’Espagne pour 100 Md€ (sous des formes non encore explicites), mais sans exiger d’efforts sur ses finances publiques, comme si l’enjeu est tel que demander des contreparties est considéré comme contre-productif. Dans ces conditions, l'Espagne a pu émettre 2.07 Md€, dans la fourchette initialement fixée, juste avant une nouvelle dégradation de sa note par Fitch, note abaissée à BBB, assortie d’une perspective négative. L’Espagne a désormais bouclé 58% de son programme de financement annuel.

Cette fin de semaine se termine avec des mouvements inverses de taux. On en revient ainsi à une certaine normalité : les taux des pays du cœur de la zone euro, et notamment de la France (OAT 10 ans à 2,5% contre 2,3%), poursuivent leur remontée alors que les taux espagnols et portugais, tout comme les iTraxx les plus risqués, sont orientés à la baisse.

Les résultats des entreprises au T2 seront défavorables.

En conclusion, on constate que la situation macro-économique se tend sur ce deuxième trimestre. D’ailleurs il ne faudra pas être très optimiste sur les chiffre d’affaires du deuxième trimestre, dans pratiquement tous les secteurs, l’activité décroît. Le marché pourrait donc devenir difficile sur le plan micro-économique à partir de mi-juillet. Entre-temps, les deux prochains sommets vont être importants car on saura, par l’ampleur et la cohérence des décisions prises, si les politiques ont conscience des enjeux actuels. C’est à ce stade que l’on va tester le poids américain, car à 5 mois des élections américaines, OBAMA doit sauver sa croissance, d’où les rappels à l’ordre à l’Europe, et on peut imaginer que certaines décisions seront prises. Du côté grec, il faudra attendre le résultat des élections du 17 juin pour lever quelques doutes.

Bref, par rapport à notre conclusion quelque peu énigmatique de la semaine dernière (un CAC 40 à 2500 ou à 3600 pour la fin de l’année !), on peut désormais baliser un peu mieux le terrain. Entre 2900 et 3000 points, le marché fait preuve de très bonne résistance, mais pour l’instant les 3100 points sont vite attaqués, le range est donc de plus en plus étroit. Mais dans la mesure où les pays émergents vont moins jouer leur rôle d’amplificateur de croissance, la situation va clairement se compliquer. D’où le poids des interventions politiques qui ne peuvent désormais n’aller que dans un sens, celui de stimuler la croissance. Si aucune décision crédible ne sort (et ceci semble être la volonté de Mme Merkel), alors dans la mesure où les résultats des entreprises ne pourront plus jouer leur rôle d’amortisseur, il est à craindre qu’effectivement le cap des marchés soit plutôt au sud. La partie s’annonce très serrée, avec pour traduction une forte volatilité des marchés. Reste qu’au final, nous allons assister à un bras de fer franco-allemand, mais à ce jeu qui implique les Etats-Unis, les chances allemandes de sortir gagnant sont faibles. A Seville n’est pas Schumacher qui veut, mais A.Merkel est un gardien peu orthodoxe dans la tradition allemande !

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