10 000 milliards sous le zéro et le capitaine Mario

L'econolclaste d'Actis - le 20 juin 2016

20/06/2016 - Publié par ACTIS ASSET MANAGEMENT dans Marché Allocations d'actifs

10 000 milliards sous le zéro et le capitaine Mario

LA CITATION DE LA SEMAINE

« Souvenez-vous toujours que pour les 2/3 de la planète, demain sera meilleur qu’aujourd’hui. » - Jean-Paul Agon (1956-), PDG du Groupe L’Oréal.

 

 

 

 

L'ACTU EN CHIFFRES

43,4 milliards : est le montant astronomique en dollars réclamé à Vale et BHP par le Gouvernement brésilien après la rupture d’un barrage minier en novembre dernier.

9,1 milliards : est le déficit estimé en euros pour 2016 de la Sécurité sociale, en amélioration de 1,7 milliards par rapport à 2015 grâce notamment à un produit exceptionnel de CSG en 2016.

334 millions: est le nombre d’asthmatiques dans le monde en augmentation de 100 millions depuis 2003 (+42%) selon l’OMS, entre temps la population a crû de 15% à 7,4 milliards d’individus.

45 : est le temps moyen en minutes pour la pause du midi pris par plus de la moitié des français, les ¾ prennent plus de 30 minutes. 

19 : est le nombre de porte-avions américains, loin devant la seconde nation la France avec 4 porte-avions en service ou en construction.

 

 

LE SELFIE DE LA SEMAINE 

 

 

 

MARCHES ET DECRYPTAGE

 

10 000 milliards sous le zéro et le capitaine Mario

 

Pour la première fois de son histoire, le 10 ans allemand (comme ses homologues suisse et japonais) est passé sous le 0% absolu, et vient grossir les rangs des 10 000 milliards d’euros de dettes souveraines déjà inscrites en territoire négatif (la fameuse Supernova identifiée comme telle par Bill Gross, l’ex-patron de Pimco, le gourou des taux).

 

Les ¾ du gisement allemand sont devenus négatifs et près de la moitié de ce même gisement ne peut plus faire l’objet de rachat par la BCE car offrant un rendement inférieur à -0.4%, provoquant ainsi l’emballement incessant de ce processus…

 

Rappelons-le, le problème des taux négatifs n’est que le reflet d’une situation anormale et alarmante car sans reprise de l’activité européenne à moyen terme (voir point technique), il faudra bien que le patient européen apprenne le sevrage un jour, lors d’un retour certain à une nécessaire normalité.

La dépendance perdurant depuis des années (certains investisseurs, les plus jeunes d’entre nous, n’ont même jamais connu que cet environnement) et le marché d’une manière générale, n’ayant pas été adepte du régime minceur au regard des montants colossaux engagés par la BCE pour inverser le cours de l’histoire (l’économie est devenue structurellement désinflationniste) et chercher à tout prix à créer de l’inflation, il est à craindre que l’on donne dans le brutal.

 

En attendant, on arrive à considérer des situations ubuesques où des banques comme la Commerzbank préfère utiliser ses coffres pour stocker des billets plutôt que de reverser les dépôts des épargnants dans le système et subir « le châtiment d’une prime de 0,4% » (ce que réclame la BCE aux banques quand elles déposent leur cash sur ses comptes de dépôt, niveau proche de l’Eonia).

Où passe le financement de l’économie avec un tel mécanisme ?

Par ce geste, la Commerzbank, comme tout un symbole en Allemagne, montre sa grogne à l’égard de la politique menée par la BCE et reflète l‘état d’esprit qui règne outre-Rhin où de nombreux épargnants et retraités se sentent floués par la politique actuelle de taux bas. Toujours est-il que l’initiative de la Commerzbank devrait faire des émules si la situation perdure ce qui est fort probable au moins jusqu’à l’année prochaine.

 

Au final, force est de constater que les incitations à prêter mises en place par la BCE ne fonctionnent pas, tant il parait difficile de forcer à boire quelqu’un qui n’a pas soif…tout juste la BCE a-t-elle réussi à empêcher l’effondrement d’un système ce qui n’est pas si mal et on comprend bien l’agacement de plus en plus prégnant de Mario Draghi relativement à l’inaction des gouvernements pour prendre le relais de ses actions via des réformes structurelles ou non conventionnelles (« helicopter money », salaire minimum inconditionnel).

 

Statut quo de la Fed

La Fed sans surprise a laissé ses taux inchangés dans la perspective du futur référendum anglais et compte tenu des chiffres de l’rempli très contrariants, les pires depuis 2010 jetant le doute sur la solidité de la reprise américaine. Le possible relèvement de taux est donc repoussé, Janet Yellen, toujours très pragmatique, attend d’y voir plus clair. Il ne restera plus que juillet, septembre et décembre comme possibles fenêtres de tir.

 

Brexit : stop ou encore

A l’approche du referendum sur le Brexit dans 3 jours, les marchés, pris de vertige avec un possible grand saut dans l’inconnu, sont au bord du « nervous breakdown », l’indice de la peur, le Vix, preuve s’il en est, a bondi à 20 (+50% en 5 jours).

Même les anglais risquent d’y laisser leur flegme, certains même pris dans le tourbillon du populisme jusqu’à diaboliser les tenants du Bremain et les faire taire à tout jamais par des gestes irréparables…L’arrêt de la campagne, comme force de rappel, aura peut-être comme effet de faire réfléchir les plus extrémistes et les indécis (« les dingues et les paumés » comme dirait HF Thiéfaine).

 

Quoi qu’il en soit, plusieurs pavés risquent de faire déborder la mare ou la Manche (comme on dit à la City) :

- D’abord, sur le plan politique avec des problématiques nouvelles sur la nature des échanges commerciaux, l’immigration, les contraintes règlementaires, de possibles revendications indépendantistes au sein du Royaume et virales en Europe ;

- Sur le plan financier ensuite: Banque d’Angleterre (BOE)  et BCE se tiennent prêtes  l’arme aux pieds pour réagir si nécessaire et rassurer les investisseurs à travers l’arme des taux mais aussi et surtout à travers des facilités de crédit sans limite pour pallier à tout risque temporaire de liquidité suite à un choc de marché (défiance à l’égard de l’euro), de fuite de capitaux par précaution, de futures pertes de recettes fiscales…

 

Le Trésor britannique, dont la prospective est inévitablement controversée mais que l’on relativise quand on connait la position notoirement sceptique à l’égard de l’UE, a tout de même chiffré les risques suivants pour l’économie britannique en cas de Brexit :

Au mieux : -3.6% pour le GDP, +520 000 chômeurs et -12% sur le pound ;

Au pire: chute de la livre de 15%, perte d’emplois de 820 000 (précis), un PIB plus bas de 6% et un déficit budgétaire entre 20 et 40 mds £ plus profond d’ici 3 ans.

 

Malgré cela, les sondages montraient juste avant le weekend que les anglais voulaient s’en aller comme des princes…mais on le sait, rappelez-vous, avec le referendum sur Maastricht où le résultat fut extrêmement juste, le gouvernement, lorsqu’il se donne des airs de démocratie participative, a toujours la possibilité de passer outre la décision des manants et a techniquement 2 ans pour appliquer ou non la mesure de votation. Allez donc savoir si on ne joue pas à se faire peur. A croire si on consulte les sondages de ce matin qui donnerait le camp du « IN » vainqueur…entrainant le marché dans une spirale haussière.

 

Juste après, on attend la 2ème lame de défragmentation possible avec les élections en Espagne le 26 juin avec la poussée de Podemos. Pour information, le référendum italien sur le projet de réforme constitutionnelle est lui prévu en octobre, mais nous aurons le temps d’y revenir.

 

A l’heure de l’entrée dans la dernière ligne droite pour la Maison blanche, en cas de victoire des populistes, certains assets se risquent à anticiper les deals pro-Trump.

Simple, comme la pensée de Donald : shorter le peso et les actions dépendantes de l’économie sombrero entre autres positions.

 

 

 

LE POINT TECHNIQUE

Panorama européen, où en sommes-nous depuis 2007 ?

On constatera plusieurs choses:

- Les efforts les plus importants en termes de coupures budgétaires ont été réalisés par les pays sommés de le faire, sous peine d’exclusion ou de privation de financements, tels la Grèce (12% PIB), l’Irlande (8% du Pib), l’Espagne et le Portugal.

Seuls trois pays se sont sentis dispensés de s’imposer de telles règles : les plus réfractaires au changement étant la Finlande, la Belgique et la France qui eux ont augmenté leurs dépenses dans le même temps. Ambiance.

 

 

- La crise depuis 2007 est encore très présente puisque seulement une partie de ces pays ont retrouvé ou dépassé en termes de niveau de PIB le niveau d’avant crise 2007. Certains pays comme la Grèce reste engluée avec un PIB revenu onze ans en arrière, celui de l’année 2004 ou l’Italie sur ses niveaux d’avant crise.

 

 

- Cette perte d’opportunité de croissance liée aux contraintes réglementaires et, de toute évidence, aux mauvais choix politiques et économiques à l’égard des nations les plus fragiles s’est doublée d’un envol des déficits budgétaires et endettement publique dans des proportions difficilement supportables mais, vous en conviendrez,  ce constat n’est pas réservé exclusivement aux pays latins (voir dégradation de la situation de l’endettement britannique également). Les politiques non conventionnelles mises en place et encouragées par les banques centrales pour sauver le système ont permis cette dérive.

 

 

- La crise financière depuis 2008 a clairement impacté les pays européens les plus fragiles qui ont dû voler au secours de leur secteur bancaire respectif à travers la création de « Bad Banks » pour supporter l’édifice fragile, dernier rempart à l’effritement total de l’économie locale.

Les deux pays les plus problématiques restant la Grèce et surtout l’Italie dont l’économie est bien plus conséquente avec un ratio de créances douteuses 3 fois supérieur à celui de la moyenne de l’Eurozone pour un montant estimé supérieur à 330 milliards d’euros.

 

 

- Dernier élément qui résume à lui seul l’ampleur du problème post-crise : l’envolée du chômage particulièrement dans les pays du sud de l’Europe avec un niveau officiel 2 fois supérieur à la moyenne européenne. 

 

 

 

Rédigé par Christophe Gautier, Equipe de Gestion ACTIS AM.

 

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